Donald Trump peut-il mettre fin à la course aux armements ?

Dans un des tweets dont il a le secret, le président Donald Trump a déclaré qu’il entendait mener des négociations avec les présidents chinois et russe afin de mettre un terme à la course aux armements en cours.

Plusieurs analystes estiment que cette remarque concerne avant tout le traité INF, concernant l’interdiction des missiles balistiques à portée intermédiaire, que le président Trump voudrait étendre à la Chine. En effet, ce traité, hérité de la crise des Euromissiles de 1983, ne concerne que les Etats-Unis et la Russie. La Chine n’étant pas signataire, elle n’est pas tenue de s’y conformer et a d'ailleurs développé de nombreux missiles entrant dans le périmètre du traité, comme le DF21 et le DF26.

D’autres analystes, en revanche, estiment que le président Trump ambitionne de limiter les dépenses d’armements en amenant la Chine et la Russie a respecter un cadre global trilatéral. Cette hypothèse est confortée par les récentes actions du président pour réduire le budget des armées qu’il avait lui-même augmenté, alors que le déficit public des États-Unis atteint des records cette année.

Mais cette ambition risque fort de ne pas générer l’adhésion sino-russe espérée.

Pour la Russie, le réarmement et la reconstruction d’une armée et d’une industrie de défense de premier plan sont des axes centraux de la politique du président Poutine, tant sur la scène internationale que nationale. L’industrie de défense russe, revenue à la seconde place en terme d’exportations mondiales, est un outil important de la relance industrielle du pays, employant 1,2 millions de collaborateurs en Russie. Les 15 Md$ d’exportations annuelles renforcent autant le poids politique que militaire du pays sur la scène internationale et financent en grande partie les 20 Md$ de commandes nationales annuelles.

En outre, la Russie reste à un niveau de dépenses très largement inférieur à celui des États-Unis, dans un rapport de 1 à 10, et estime à tort ou à raison que les États-Unis et l’OTAN représentent aujourd’hui les dangers les plus sérieux et les plus imminents pour le pays. Avec un prix du baril de pétrole revenu au dessus de 60$, la Russie a désormais les moyens de poursuivre son effort tout en reprenant le fil des réformes économiques suspendues depuis quelques années.

La Chine, quant à elle, développe ses forces armées et son industrie de défense de façon intensive depuis 15 ans. Elle commence aujourd’hui à disposer d’une puissance militaire capable de s’opposer à la puissance américaine, un objectif largement admis par le président Xi Jinping. En outre, la Chine se prépare à une intervention militaire pour intégrer Taïwan en Chine populaire, avec la possibilité de devoir répondre à une tentative d’intervention américaine. En outre, elle entend assurer le contrôle militaire de la nouvelle route de la Soie, le projet phare du président chinois.

Pour cela, elle a consenti un effort remarquable pour transformer et professionnaliser ses forces militaires, réformer et moderniser son industrie de défense, au point que désormais, la Chine est dans une trajectoire de rattrapage de la puissance américaine à horizon 2030/2035.

En d’autres termes, ni la Chine ni la Russie ne font aujourd'hui face à des difficultés conjoncturelles pouvant les amener à répondre favorablement aux potentielles propositions américaines. L’écart de dépenses en matière de défense entre les États-Unis et la Chine (x 3) et la Russie (x10), ne plaide certainement pas en faveur de cette hypothèse non plus. Au contraire, la tentation sera grande de profiter des difficultés américaines pour combler l’écart opérationnel avec les forces américaines et leurs alliés.

Il est possible que des négociations et des déclarations de façade aient lieu, mais il est très improbable que le mouvement de fond soit altéré. D’ailleurs, le Pentagone, pas plus que les think tank américains ne semblent l’envisager.

 

Lire l’article en français (4 min)

http://www.opex360.com/2018/12/04/le-president-trump-suggere-que-le-budget-du-pentagone-est-trop-eleve/

Articles similaires

Retour en haut