DE LAWRENCE À BARKHANE : LES GUERRES DES SABLES

Afin de faire découvrir et partager les réflexions sur les sujets de défense et de géopolitique, Analyse Défense laisse la parole libre aux jeunes talents et chercheurs. 

Hugo Alexandre Queijo 
est diplômé de l'université Jean Moulin Lyon 3 en sécurité internationale et défense. Passionné de stratégie militaire, il s'intéresse principalement aux stratégies alternatives, aux unités spéciales et services de renseignement, et à l’appréhension humaine des conflits contemporains. Il est par ailleurs sous-officier de réserve au sein de l'Armée de terre et moniteur au tir de combat.

 

Photo extraite du film Lawrence of Arabia, Columbia PIctures

Certains personnages de légende ont irrémédiablement marqué de leur empreinte l’Histoire militaire. Ces « Grands Capitaines », comme les appelait le professeur Coutau-Bégarie, sont ceux qui parviennent, au milieu du chaos des guerres et des champs de bataille, à imprimer leur volonté aux évènements, et, en tacticiens habiles et stratèges de génie, induisent pour longtemps une forme de fascination.  Encore plus lorsqu’ils s’attachent à donner, eux-mêmes, leur version de leur histoire. La littérature, le cinéma et désormais le jeu vidéo ont tôt fait de s’en emparer, distordant et magnifiant fréquemment la réalité à des fins autres que la science stratégique.

Le jeu vidéo, qui réalise, désormais, plus du double du chiffre d’affaires de l’industrie cinématographique dans le monde s’en est donc, bien évidemment, également inspiré. La superproduction Battlefield I, développée par Electronic Arts et vendue à plus de 19 millions d’exemplaires[1], prend pour contexte la Première Guerre Mondiale (le second opus, Battlefield V, est sorti le 20 novembre 2018). Alors que l’essentiel du contenu se passe sur le théâtre européen, le 5ème et dernier chapitre du jeu entraîne le joueur en Orient, dans les pas d’un personnage bien connu :

« Mais certains s’opposent aux Ottomans. De petites bandes de rebelles bédouins se sont unies pour renverser l’Empire. Ces hommes frappent par surprise, puis s’évanouissent dans le désert. A leur côté, un officier britannique dont les exploits lui ont valu un grand renom. Le monde entier le connaît comme…. Lawrence d’Arabie. ».

 

    E. Lawrence tel que dépeint dans le jeu Battlefield I, 2016

      Outre les œuvres culturelles qui lui sont dédiées ou, bien plus important, son ouvrage « les sept piliers de la sagesse », Lawrence d’Arabie fut avant tout un excellent stratège. Son action participa directement à l’effondrement de l’Empire Ottoman, ainsi qu’à l’imposition des mandats britanniques en Palestine et en Syrie. Ce succès, comme toute victoire militaire, est en partie dû à un contexte particulier, ainsi qu’à une certaine part de chance. Toutefois, l’y réduire serait ignorer la puissance de la réflexion de Lawrence, dont la compréhension de la nature de la guerre et des ressorts de la stratégie amènera Liddell Hart à écrire qu’il « (…) en savait plus long sur la guerre que n’importe lequel des généraux de la dernière guerre »[2]. Cet instinct stratégique admirable s’appuyait sur des lectures considérables, rappelant que si l’excellence est, en partie, le fruit de l’expérience, elle n’exonère pas d’un travail préalable et de l’examen attentif de l’histoire militaire. A l’heure où le front occidental s’enlise, Lawrence saura mobiliser ce savoir de manière pertinente, à la marge des conceptions militaires dominantes de son époque. Comme le souligne Gérard Chaliand[3], l’intelligence et la capacité toute britannique à sélectionner puis laisser agir un agent d’une telle qualité, de manière autonome, tout en lui fournissant l’appui logistique, naval et humain dont il a besoin, force l’admiration. Un exemple à méditer, en particulier du point du vue français.

      Comme l’a fait Lawrence, il n’est pas inutile de s’immerger à nouveau dans ces expériences, tant il est vrai que c’est la connaissance du passé et sa compréhension qui invitent à la prospective. Une entreprise toujours plus nécessaire, à l’heure ou les armées françaises sont engagées dans un processus inédit. Enclenché par la publication de la « Revue Stratégique », puis concrétisé par la « loi de programmation militaire 2019-2025 », ce processus vise à faire remonter en puissance un outil militaire durement entamé par des années d’économies et, de fait, de surengagement. Or, les ressources limitées que la France semble prête à concéder à ses armées, conjuguées à son rang de puissance moyenne, mais aussi sa singulière position de seul Etat de l’Union Européenne doté d’une capacité nucléaire totalement indépendante et d’un siège de membre permanent du Conseil de Sécurité, rendent l’équation particulièrement complexe. De fait, les armées doivent se tenir prêtes à intervenir sur un panel d’opérations allant du conflit de grande ampleur et de haute intensité, y compris en utilisant l’arme nucléaire, jusqu’à l’intervention limitée dans un contexte de guérilla et/ou d’asymétrie. Le tout, dans un contexte de dégradation de l’environnement géopolitique international, de permanence de conflits abrasifs de basse intensité, associés au durcissement généralisé des engagements tactiques et à la dissémination de technologies nivelantes (A2/AD[4] notamment). Un processus qui induit donc nécessairement un crucial effort de réflexion.

      Pour le volet terrestre, l’armée de terre a produit en 2016 un document connu comme l’ATF, pour « Action Terrestre Future ». En partie semblable dans la démarche au MDB (Multi Domain Battle) américain, il s’agit d’envisager des pistes pour permettre d’acquérir et de conserver la supériorité des forces et in fine dominer nos futurs adversaires. Pour ce faire, le document dégage plusieurs « facteurs de supériorité opérationnelle ». Si la plupart n’ont rien d’innovant, le texte souligne pour certains une « importance nouvelle »[5], la compréhension, la masse et l’influence notamment. Une démarche qui s’inscrit dans une logique cohérente, puisque la revue stratégique invite, parmi les 5 fonctions stratégiques[6], à mettre l’accent sur les fonctions « connaissance et anticipation » et « prévention »[7]. Logique présente dans les propos de Florence Parly, invitant à particulièrement « investir le renseignement »[8], ou, plus concrètement, la LPM, prévoyant 1500 postes supplémentaires dans ce domaine, entre la DRM et la DGSE. Nous est alors offerte une utile grille de lecture permettant une nouvelle analyse de l’action de Lawrence d’Arabie à l’aune, notamment, des concepts développés par l’ATF.

       

      Soldats français et nigérians au cours de l’opération Barkhane, 2016, Ministère des Armées

        
      LE CONTEXTE STRATEGIQUE

      En 1915, la guerre à l’Ouest s’est enlisée dans les tranchées. Les troupes russes sont repoussées sur le front oriental. Pour soulager la pression sur Petrograd, il faut soit pousser sur un des fronts, soit en ouvrir un nouveau. Les Britanniques décident de frapper l’Empire Ottoman, considéré comme le point faible du dispositif des puissances centrales. L’opération de Gallipoli est un coûteux échec. Mais en parallèle, les courants nationalistes arabes s’agitent. Les Britanniques savent que certains veulent défier la tutelle Ottomane. Cette opposition est notamment portée par le chérif Hussein de la Mecque. Libérés de la pression franco-britannique après l’échec des Dardanelles, les Ottomans s’emploient à la réprimer brutalement. C’est dans ce contexte qu’éclate, en 1916, la révolte arabe. Un arrangement est trouvé. Aux bédouins de porter la guerre contre les Ottomans, aux Britanniques de garantir l’indépendance des nouveaux territoires. Lawrence arrive en octobre 1916.

      Déjà coutumier du Moyen Orient, son parcours s’apparente à celui d’un officier de renseignement. Arabisant et au fait des moeurs locales, sa passion pour l’archéologie lui sert de couverture pour des relevés topographiques. Lorsqu’il est envoyé en Arabie, sa mission est la suivante : jauger de l’ampleur de la révolte et déterminer qui, parmi les fils du chérif, est le plus à même de la commander. Estimant qu’elle a de bonnes chances de l’emporter, et que Fayçal est le meilleur chef, Lawrence envoie ses rapports. Il reçoit l’ordre, à 28 ans, de repartir pour l’assister. Il s’y emploiera jusqu’à la prise de Damas le 1er octobre 1918.

      Au cours d’une première phase, qui culmine avec la prise de Wejh le 25 janvier 1917, l’appui naval britannique permet aux bédouins de s’emparer de l’essentiel de la côte de la mer Rouge.  Lawrence s’acclimate aux conditions socio-politiques locales et s’attache à appréhender les spécificités des habitudes combattantes des tribus du Hedjaz. Le prochain objectif, tout désigné, semble être Médine. Mais bien défendue, prendre la ville coûterait très cher. Malade, Lawrence passe une dizaine de jours alité. Il profite de « cette oisiveté forcée »[9] pour « réfléchir sans désemparer à la révolte des Arabes »[10], « tenter de mettre en équations mes lectures et mes initiatives (…), débrouiller l’écheveau de notre situation présente. »[11].

       

      Lawrence en habit traditionnel

      LA HIÉRARCHISATION DES NORMES MILITAIRES

      L’ATF retient, dans sa description des ressorts de la stratégie militaire, une structure pyramidale évoquant une hiérarchie des normes militaires.  Au sommet, les principes de la guerre, dont la définition et la compréhension doivent guider l’action du stratège. Suivent les facteurs de supériorité opérationnelle, qui correspondent à un certains nombre de qualités, dont la possession est de nature à conférer l’ascendant sur l’adversaire. Ils permettent de dégager des aptitudes, entendues comme les effets attendus de l’outil militaire qui se déclinent, enfin, en capacités (doctrine, organisation, RH, équipement, soutien, entraînement), soit les possibilités militaires intrinsèques d’une force donnée. L’examen attentif des réflexions de Lawrence, qu’il détaille dans le chapitre XXXV des Sept piliers de la sagesse, permettent de retracer le même procédé. 

      Il se trouve alors « malencontreusement »[12] en position de commander une campagne, sans avoir « (…) reçu aucune formation pour le faire ».[13] Il peut toutefois s’appuyer sur une solide connaissance d’un large corpus stratégique. Il évoque ainsi pêle-mêle Napoléon, Caemmerer, Moltke, Goltz, Jomini, Willisen, le Maréchal de Saxe, Guibert, Kühne ou encore Foch.[14] Fait intéressant, alors que certains voudraient voir une inadaptation des théories de Clausewitz à la guérilla ou à l’asymétrique (le colloque de l’EMSOME[15] sur l’interculturalité au prisme des opérations militaires, le 28 novembre 2018, a vu le précédent commandant de l’opération Barkhane souhaiter « un peu plus de Lyautey, un peu moins de Clausewitz ») c’est lui que Lawrence place au sommet de sa bibliothèque intellectuelle : « Clausewitz les surpassait tant intellectuellement, et son ouvrage était si logique et si passionnant, que j’en avais inconsciemment accepté son caractère définitif ».[16] Ce point a toute son importance lorsque l’on a conscience que l’apport le plus central de l’oeuvre de ce dernier est l’établissement du lien entre la guerre et la politique, la première n’étant que le moyen de la seconde[17], d’où la phrase « La guerre n’est que la continuation de la politique par d’autres moyens. »[18]. Cette compréhension profonde de la nature de la guerre lui permet de saisir un autre aspect fondamental : la différence de nature entre la stratégie et la tactique.[19] Ainsi, Lawrence admet que l’excellence tactique peut être le corollaire de la nullité stratégique, et inversement[20]. Au bout du compte, c’est la validité des options stratégiques qui s’impose. Si Lawrence semble douter de lui-même en évoquant son intérêt « théorique »[21] pour la matière, là réside sans doute son avantage et sa proximité avec Clausewitz, que le Général Hubin décrit comme : « profondément convaincu que toute analyse spécifique des problèmes militaires dépendait d’une perception et d’une conception générale de la nature même de la guerre ».[22]

       

      LES PRINCIPES DE LA GUERRE

      Pour mettre en place une stratégie efficace, Lawrence doit donc dégager les buts de guerre. Les livres lui donnent : « la destruction des forces armées ennemies par un unique moyen : la bataille ».[23] Or, Lawrence n’a pas d’armée organisée pour conduire cette bataille. Néanmoins, ce dernier a bien l’intuition que les bédouins sont déjà en train de gagner la guerre. Si ces derniers tiennent le Hedjaz, à quoi bon s’attaquer aux Turcs ? Puisqu’il n’en a pas les moyens, c’est que la guerre qu’il conduit doit avoir d’autres fins. Reprenant Clausewitz, il comprend que la bataille, la destruction de l’ennemi, n’est en fait qu’une forme particulière de guerre, non pas une fin en soi. Le problème se pose en ces termes : Pourquoi les Arabes combattent-ils les Turcs ? Pour bouter les Turcs hors des territoires arabophones d’Orient. Rien qui n’implique, en réalité, de les affronter directement. Reste à établir le meilleur moyen de réaliser cet objectif.

      C’est ici que les principes de la guerre entrent en scène. Toutefois, ces derniers ne se suffisent pas à eux-mêmes. Comme nous l’avions déjà évoqué, la doctrine française, inspirée par Foch, en retient particulièrement trois : La liberté d’action, l’économie des moyens et la concentration des efforts (qui a remplacé dans l’Instruction générale sur l’emploi des forces de terrestres de 1994 le couple sûreté-surprise, sans s’expliquer sur cette modification)[24]. Ce sont eux qui apparaissent dans l’ATF. L’importance du couple sûreté-surprise est, toutefois, si importante dans la guérilla que nous l’incluons ici. On peut considérer qu’il a, de plus, pris une importance nouvelle au vu des inflexions récentes en termes d’effort sur le renseignement. Encore une fois, ces principes ne sont pas des absolus. Leur traduction pratique dépend en permanence du contexte particulier du stratège. Ainsi, pour déterminer comment appliquer les principes, Lawrence doit encore descendre d’un cran, et déterminer quels sont ses facteurs de supériorité opérationnelle. C’est peut être ici, comme le relève Gérard Chaliand, que son intelligence et son hétérodoxie vont le plus s’exprimer.[25] Identifier les facteurs revient en effet à déterminer comment tirer le meilleur des qualités et des caractéristiques des bédouins.

       

      Action terrestre future

       

      LES FACTEURS DE SUPÉRIORITÉ OPÉRATIONNELLE

      Analyser ainsi l’action de Lawrence via une grille d’analyse contemporaine a un avantage pédagogique ; démontrer, malgré les différentes mutations des conditions d’engagement et de combat, la constance de certaines qualités dans le combat terrestre, elles-mêmes pas fondamentalement différentes de celles retenues pour d’autres milieux. Ces facteurs sont les suivants : compréhension, coopération, agilité, masse, endurance, force morale, influence, performance du commandement.[26]

      Les bédouins du Hedjaz sont loins des armées massives soulevées par la conscription sur le front occidental. Ils n’en ont pas plus les moyens, ni la logistique, ni la discipline. Comme le rappelle encore Gérard Chaliand, ils combattant à la façon du « rezzou traditionnel »[27] : pas de combattants à plein temps, inimitiés fortes entre tribus, querelles de préséances, capacité de combat limitée à une aire géographique précise. Cette façon de combattre n’est pas, pour autant, dénuée de qualités. On pourrait les résumer suivant l’ATF, à une agilité et une endurance impressionnante, sans rapport avec leur adversaire ottoman, assorties d’une solide  capacité de compréhension, d’influence et de coopération

      L’ATF définit l’agilité comme la « capacité de faire face à la surprise, de réagir au changement, voire de le provoquer pour se rendre imprévisible »[28]. Or, les bédouins disposent à cet égard d’un atout inestimable : leur impressionnante mobilité. Elle est elle-même le fait de leur endurance, définie comme « la capacité à durer en opération (…) résister dans le temps dans un environnement hostile ».[29] Les hommes de Fayçal à dos de chameaux, emportant chacun leur propre armement, munitions et nourriture pour 6 semaines, ne faisant le plein en eau comme leurs montures que tous les deux jours, peuvent accomplir des étapes journalières de 150 kilomètres[30]. Ils savent naviguer, se mouvoir et survivre dans le milieu extrêmement abrasif et exigeant que constitue le désert. De plus, Lawrence, saisissant l’importance du facteur psychologique, rejoint l’ATF avec l’influence, soit la « capacité à agir sur les perceptions à un degré équivalent aux actions cinétiques et classiques ».[31] Il s’agit ainsi, pour lui, de « mettre les esprits en ordre de bataille ».[32] Ceux de ses hommes, ceux de la population soutenant les rebelles, mais aussi ceux des Ottomans. Ainsi, Lawrence énonce qu’il « y avait nombre d’humiliantes limites matérielles, mais nulle impossibilité morale »,[33] et que « sur elles reposeraient principalement les moyens de notre victoire sur le front arabe ».[34] Pour lui « une province serait gagnée dès que nous aurions appris à ses civils à mourir pour notre idéal de liberté » et « la présence ou l’absence de l’ennemi n’avait d’importance que sur un plan secondaire ».[35] 

      Si ce dernier parvient à un tel résultat, c’est grâce à sa solide capacité de compréhension, au sens de l’ATF, « fondée sur la conscience, l’analyse puis le jugement, la compréhension prolonge la connaissance pour lui donner une valeur réellement opératoire ».[36] On y retrouve, dans le texte, toutes les dynamiques à l’oeuvre chez Lawrence : examen critique de son propre système, méfiance des biais culturels et intellectuels nuisant à une analyse lucide, continuité géographique (il est familier de la zone) et temporelle (déjà présent auparavant, il y combat sans discontinuer pendant 2 ans) pour inscrire la réflexion dans le temps long, forte sensibilité culturelle. Enfin, Lawrence est le principal vecteur du facteur de coopération, qui est sans doute le plus important au final. Entendu comme « la faculté à agir voire à combattre conjointement avec l’ensemble des acteurs (…) »,[37] elle traduit d’abord, concrètement, le partage de certains buts de guerre. Comme l’évoque l’ATF, on ne combat que rarement seul, et en particulier pas sans relais locaux fiables. En faisant le lien entre les bédouins et l’armée britannique, Lawrence permet la fourniture à ces derniers de capacités opérationnelles à haute valeur ajoutée dont ils ne disposent pas, avec, pour exemple, la fourniture d’automitrailleuses blindées ou encore les multiples interventions de la Royal Navy. C’est d’ailleurs sans doute son apport le plus important à la stratégie globale.

       

      Action terrestre future

       

      APTITUDES ET CAPACITÉS

      Une fois cette analyse faite, Lawrence peut revenir aux principes de la guerre, ce qu’il fait d’ailleurs, presque tels quels dans les Sept piliers de la sagesse. L’armée turque est riche en hommes, mais les équipements y sont rares et précieux. Ces grandes masses dépendent de voies de ravitaillement. Soit :

      Economie des forces : Pour obtenir le meilleur rendement de ses maigres forces, Lawrence établit qu’il vaut mieux viser une voie ferrée ou un dépôt de matériel, qu’il décrit comme « plus profitable que la mort d’un turc ».[38]

      Concentration des moyens : Lawrence se rappelle que Foch évoque « la supériorité dans la phase critique et au moment de l’assaut ».[39] Il va lui donner un tour négatif. Vu la faiblesse du nombre et des moyens, il faudra tout concentrer à un moment précis, et se dérober partout ailleurs.

      Sureté-Surprise : Pour survivre, il faut se servir du désert pour disparaître jusqu’au moment des attaques, développer l’habitude de « ne jamais engager l’ennemi ».[40] Pour s’échapper sans cesse et frapper au bon endroit au bon moment, Il faut à Lawrence un « renseignement irréprochable ». Cela le conduit à « apporter plus d’efforts à la recherche du renseignement qu’aucun service régulier n’en consacra jamais ».[41]

      Le respect permanent de ces différents axes assure ainsi en permanence de conserver la plus grande liberté d’action possible. Comme l’explique l’ATF, dégager des facteurs de supériorité opérationnelle contribue à identifier comment interpréter les principes, en accord avec les buts de guerre fixés par le niveau politique. Ne reste plus qu’à descendre au niveau des aptitudes, les dispositions particulières dont on a besoin, qui répondent à la question « que doit-on pouvoir faire ? » Si on y répond déjà par l’interprétation des principes, Lawrence identifie ainsi qu’il faut à une rébellion une base imprenable. Sur ce point, les bédouins ont selon lui un triple avantage : la conquête des ports de la Mer Rouge leur confère ce type de base, le désert également, et les Ottomans ne peuvent que difficilement influer les esprits des combattants. Il lui faut un ennemi étranger, aux moyens sophistiqués, mais trop peu nombreux pour contrôler un territoire trop vaste à partir de points fortifiés. Les Ottomans répondent à cette définition. Enfin, une population amie dont seul deux pour cent prenant une part active suffit, le reste pouvant se cantonner à la sympathie passive ou au silence, pour ne pas trahir les mouvements des rebelles.[42]

      Enfin, et sans entrer dans le menu détail des opérations, les capacités attendues sont celles du secret, de la maîtrise de soi, la vitesse, la capacité à ne pas dépendre de voies de ravitaillement. Des explosifs et des mitrailleuses donneront une brève supériorité matérielle au moment critique, les chameaux apporteront la mobilité et l’endurance. Le désert servira à se dissimuler, tandis que le temps joue en faveur de la rébellion. La foi de Fayçal et la puissance de l’idéologie nationaliste arabe feront le reste. Pour Lawrence « la victoire finale paraissait certaine ».[43] De fait, il écrit que sur ce front, « bien des Turcs n’eurent pas une fois de toute la guerre l’occasion de tirer sur nous, puisque nous ne fûmes jamais sur la défensive, sinon accidentellement et par erreur ».[44] 

       

      Intéressante photo prise…. à Versailles, lors des négociations de paix de 1919.

      Au centre, l’Emir Fayçal. Immédiatement à sa gauche, Lawrence, aisément reconnaissable par un habile mélange de tenues. Derrière l’émir, un illustre inconnu à la barbe noire et arborant le croissant des tirailleurs français d’Afrique du Nord, le Capitaine Rosario Pisani, pourtant maintes fois cité dans les Sept Piliers de la Sagesse.

       

      UNE EXPERIENCE TRES CONTEMPORAINE

      L’expérience de Lawrence et sa méthode sont, à l’analyse, proches de certaines dynamiques de conflits contemporains dans lesquels l’armée française est engagée, et notamment, non des moindres, l’opération Barkhane. Nombre des caractéristiques de cette dernière se retrouvent dans la révolte arabe. L’armée française, force régulière étrangère construite autour de moyens sophistiqués, opérant principalement à partir de points fortifiés, n’a pas la masse nécessaire pour contrôler un territoire grand comme l’Europe. Profitant de l’absence des Etats, des groupes armés djihadistes y étendent leur influence sur les populations, y prenant en charge la sécurité, la justice, la santé, le développement et l’éducation.[45] Chiches en hommes et en matériel, ces derniers évitent l’armée française, qu’ils n’ont pas besoin d’affronter. Pour ce faire, ils accordent au renseignement une place centrale, tout en bénéficiant d’un net avantage dans ce domaine. Ils sont sur leur propre terrain, qu’ils maîtrisent et, contrairement aux forces françaises, vivent parmi la population. Comme l’évoque le général Bruno Guibert, précédent commandant de l’opération, les groupes djihadistes « nous observent en permanence lorsque nous sommes déployés et nous jalonnent dans nos déplacements à l’aide de sonnettes, des informateurs ou guetteurs, parfois très jeunes ».[46] Dans le même temps, ils sont capables, à l’instar de Lawrence, de créer la supériorité de manière très ponctuelle, à l’aide de la combinaison assaillant-suicide/explosifs à forte puissance, notamment. L’accroissement et le désœuvrement de la population sahélienne leur offrent, enfin, un terreau de recrutement presque inépuisable, leur conférant une capacité de régénération importante et leur permettant de supporter même des coups très sévères.

       

      Dispositif actualisé en juillet 2018, Ministère des Armées

      Leurs opérations ont un but psychologique, comptant notamment sur leur retentissement médiatique. Ils ont ainsi su monter une attaque complexe contre une base de Tombouctou le 14 avril dernier.[47] Cette dernière a vu l’entrée en scène de tirs de mortiers, roquettes, de 3 véhicules piégés conduits par des kamikazes, dont un grimé aux couleurs de l’armée malienne, suivis de combattants à pied, plusieurs portant des ceintures d’explosifs, des casques bleus et uniformes français ou des forces de sécurité. Plusieurs d’entre eux auraient été capables de s’exfiltrer. Déjà, le 18 janvier, l’explosion d’un véhicule piégé, lui aussi grimé, ayant réussi à pénétrer dans un camp abritant 600 combattants en tuait au minimum 54 et en blessait une centaine d’autres.[48] A dessein ou non, l’attaque fragilise et retarde le processus de réconciliation politique, le camp regroupant des forces armées de différents groupes irréguliers, loyalistes ou non, auparavant antagonistes, ainsi que des soldats maliens. Toujours à Gao, le 1er juillet, un véhicule suicide explose contre une patrouille française en VBCI.[49] Le plus proche a, selon les images, été mis hors de combat. Si seuls des blessés sont à déplorer, on image les effets potentiels d’une telle attaque sur des véhicules plus légers, comme les VAB ou les véhicules logistiques, alors que l’opinion française se montre particulièrement fluctuante dans son rapport aux pertes humaines. Face à un ennemi jouant habilement de ses propres qualités autant que des faiblesses françaises, tout en ayant, semble-il, bien perçu la finalité stratégique de ses actions, reposant principalement sur la psychologie et l’influence, il est nécessaire de s’adapter. Contrairement à l’impression que peut donner ce tableau, des pistes existent, dont certaines sont à l’oeuvre, et d’autres restent à explorer.

       

      Le VBCI touché à Gao, AFP

       

      L’ADAPTATION : « LIBÉRER TOUTES LES MARGES DE MANOEUVRE »

      Si l’innovation est devenue une thématique récurrente, surtout à l’heure de la remontée en puissance et, pour l’armée de terre, du renouvellement des matériels, l’adaptation est souvent délaissée dans le vocable, si ce n’est dans les esprits. Un fait qui amène une question, comme le souligne Joseph Henrotin, laquelle a le plus de sens du point de vue stratégique ?[50]

      Différente de l’invention, l’innovation vise à trouver de nouveaux usages à des systèmes préexistants. Or, le débat se centre souvent sur l’innovation technologique, laissant trop souvent de côté ses pendants doctrinaux et organiques, dont dépend, d’ailleurs, l’assimilation des progrès techniques. De fait, cette omniprésence dans le débat est elle même alimentée, et alimente, une focalisation sur le fait tactique. Or, jamais assez rappelé, ce n’est pas sur ce plan que se gagnent les guerres. Par ailleurs, c’est sur ce plan que les forces françaises travaillent le plus. Cherchant à gagner en mobilité, elles utilisent des véhicules plus rapides, plus légers. Les missions sont plus longues, avec parfois des départs de plus d’un mois sur le terrain, etc… mais on peine à en voir les résultats sur le plan stratégique. Si des coups sont portés, la plupart des soldats français passent leur mandat sans jamais voir un djihadiste, qu’ils sont de toute façon incapables, le plus souvent, de discriminer par rapport à la population, tandis que l’influence de ces derniers s’étend et que la situation sécuritaire demeure pour le moins incertaine. Barkhane n’atteint, qu’à la marge, le centre de gravité adverse : son lien avec la population.

       

      Soldats du 2ème RH en quads, en dotation depuis juin 2015, État-major des armées

      Pas question de faire de miracles. Trop de paramètres manquent aux forces françaises, en pays étranger, qui ne maîtrisent pas, de fait, les efforts en matière de gouvernance et de réconciliation politique. Elles peuvent bricoler au mieux, tandis que la formation et la constitution d’armées locales solides, pour l’instant fragiles, est un travail qui ne peut s’envisager sous la barre des 15 ans. Mais améliorer le rendement des moyens déployés au Sahel est possible. Pour cela, il faut s’adapter en profondeur au niveau stratégique. Or, « l’adaptation n’est pas donnée : elle nécessite de comprendre le contexte sociopolitique et, surtout, l’ennemi et le caractère des opérations militaires ».[51] C’est sans doute ce qui nous fait le plus défaut.

      Là où l’ATF insiste, pour la compréhension, sur la continuité géographique et temporelle, nos combattants enchaînent les rotations de quelques mois. Une durée qui laisse peu de temps pour s’immerger dans le milieu, surtout lorsque l’on y retire encore le temps d’arriver et prendre ses marques, puis celui de remballer le matériel, déjà quitter mentalement le théâtre, puis de repartir. Les chefs tournent de la même manière. Le dernier, le général Guibert, n’a pas duré plus d’un an avant de passer la main. Ne vivant pas parmi les populations, nos forces ne peuvent que difficilement les influencer ou espérer prendre l’avantage en termes de renseignement. Nos adversaires conservent fatalement plus d’interactions avec elles que nous. Nous passons alors sur elles comme l’écume des vagues, visages étrangers, ne comprenant souvent pas la langue, modérément familiers avec les moeurs et perceptions locales, et que nos absences fréquentes laissent vulnérables aux représailles des groupes armés et, de toute façon, destinés à changer tous les 4 à 6 mois maximum. Difficile, dans ces conditions, de peser réellement sur l’issue politique de la situation sahélienne. Surtout lorsque l’effort sur le renseignement est, là encore, essentiellement compris comme… technique et capacitaire. Sont évoqués, quasi mécaniquement, les besoins ROEM, biométrie, drones.[52] Pas de nature à réellement discriminer la population de l’adversaire, ni à révéler autre chose que ce que l’on veut bien nous montrer, là où Lawrence rappelle que : « de même que rien de matériel ne faisait défaut à notre existence, il nous serait possible de n’offrir rien de matériel aux balles ennemies »[53].

       

      Soldat de l’opération Barkhane en mission de surveillance, 2015, France 24

       

      CONCLUSION

      Si la guerre change de forme, elle ne change jamais de nature, contrairement à une idée qui a eu, et a encore, un certain succès. Elle demeure la continuation de la politique par d’autres moyens, prenant la forme  d’un « affrontement de volontés opposées utilisant la force pour résoudre leur différents ».[54]

      Les guérillas mettent fréquemment nos armées face à leur biais cognitif fondamental : difficile d’imposer la bataille à un ennemi qui la refuse, et, par là, de faire jouer la supériorité tactique et technique devant, supposément, entraîner mécaniquement des effets stratégiques. Le Général Hubin pense avoir trouvé leur défaut principal, celui qui le plus souvent provoque leurs plus grands mécomptes : une conception presque exclusivement capacitaire du savoir et, de là, de la liberté d’action.[55] Le renseignement est principalement conçu comme issu de moyens techniques ou du déploiement d’éléments. Nous focalisons trop nos aptitudes sur le pouvoir et pas le savoir, pour reprendre la typologie du Général Poirier. D’autant que notre volonté, le vouloir, est plus que limité à la fois par le contexte des alliances et des interventions en territoire étranger, par la faiblesse de nos moyens humains et matériels, et, peut être plus encore, notre allergie aux pertes et aux risques.[56]

      Réarticuler nos façons d’agir et de s’adapter, vers une remise en valeur de la fonction « savoir » et le renseignement humain, contextuel, bénéficiant d’une continuité spatiale et temporelle est possible. Immerger les soldats français dans les populations est réalisable. Une approche qui suppose, bien sûr, une volonté énergique, un changement important dans nos façons de penser l’action militaire, ainsi que l’acceptation de la prise de risque. Problème largement connu des forces spéciales, de petits éléments mobiles et légers, servis par un renseignement de qualité peuvent accrocher, remettre de la symétrie, contredire dans leurs modes d’action, des forces irrégulières. Ce mode de combat peut être mis en oeuvre avec des forces conventionnelles, par ailleurs de qualité. Mais cette approche comporte son lot de risques et de pertes, inhérentes à toute conduite énergique d’un combat (et qui ne tendrait pas, comme c’est trop souvent le cas, à faire des forces spéciales les seuls réels éléments combattants, à leur propre détriment). Enfin, tout le monde n’est pas volontaire, y compris dans les armées, pour accepter les conditions de vies spartiates de certaines parties du monde et, encore moins, y combattre plusieurs années. Si la hiérarchie militaire est bien imprégnée de ces problématiques d’appréhension humaine des réalités conflictuelles, on remarque qu’il semble, aujourd’hui encore, difficile de les traduire en termes opérationnels, tant le décalage entre les nécessités d’acculturation évoquées et la réalité du ressenti des combattants peut paraître énorme.

       

      Sous-officiers de la mission militaire française au Hedjaz, mars 1918, Ministère de la Culture

      Dans un entretien, le chef d’état-major des armées, le général François Lecointre, évoque la nécessité de libérer sans tarder toutes les marges de manœuvre.[57] Il n’est pas question de revenir sur la recherche de la supériorité technologique, qui est un réel avantage pour nos forces, et se trouve, de toute façon, au cœur de nos conceptions militaires. Mais l’impulsion donnée par la revue stratégique et la LPM, ainsi que le remplacement de nos matériels terrestres, pourraient être l’occasion d’un grand foisonnement doctrinal. Qui rappellerait que, pour optimiser et info-valoriser des effecteurs (hommes, canons), encore faut-il en avoir un certain nombre, au risque d’être réduit à l’impuissance et à subir l’attrition. Qui rappellerait que l’incompréhension des dimensions humaines d’un conflit armé demeure, souvent, la source de grands mécomptes militaires. Et enfin rappeler, alors que certains voudraient voir ces conceptions disparaître avec la parenthèse irako-afghane, que l’on observe une intéressante convergence historique des modèles de combat réguliers et irréguliers (d’où, en partie, la diffusion des modèles dits hybrides). Le général Beaufre, il y a déjà quelque temps, envisageait dans un cadre stratégique contraint par la dissuasion nucléaire la possibilité, avec des moyens extrêmement réduits, d’obliger un adversaire à accepter des conditions de combat défavorables (stratégie dite de la « lassitude »). L’Iran, par une habile stratégie milicienne, a su exporter son influence sur une partie conséquente de son espace proche. Il y a de ça un siècle, un officier britannique peu orthodoxe parvenait, au cours d’un conflit mondial à l’ampleur inconnue, à durement frapper un adversaire puissant et régulier. Lawrence d’Arabie eut un alter ego français, auquel il sera d’ailleurs constamment opposé. Ce dernier, le Colonel Edouard Brémond, n’eut contrairement à lui, pas le soutien ni les moyens appropriés pour exprimer son intelligence.

      Une leçon, au centenaire de la Grande Guerre, qu’il serait malvenu d’oublier.

       

      Colonne du capitaine Pisani dans le col de Naqb Estar. Plusieurs mulets portent, en pièces détachées, des canons de montagne de 65mm, modèle 1906, Ministère de la Culture

       

      SOURCES

      [1] https://gaming.gentside.com/battlefield-1/battlefield-1-ea-devoile-des-chiffres-hallucinants-sur-le-succes-de-son-jeu_art20161.html

      [2] B. H. Liddell Hart, T. E. Lawrence, War and After

      [3] T. E. Lawrence, Guérilla dans le désert, présentation par Gérard Chaliand, p. 17

      [4] Systèmes d’interdictions de zones, ou de déni d’accès, comme des systèmes anti aériens particulièrement denses

      [5] Etat-Major de l’armée de terre, Action Terrestre Future, 2016, p. 23

      [6] Dissuader, Protéger, Connaître et anticiper, Intervenir, Prévenir

      [7] Arnaud Danjean (interview), « Après la revue stratégique », Défense et sécurité internationale, n°133, janvier février 2018

      [8] Florence Parly (interview), « Je veux des armées modernes », Défense et sécurité internationale, Hors-Série n°61

      [9] T. E. Lawrence, les Sept Piliers de la Sagesse, 2009, p°253

      [10] Op cit. p°252

      [11] Ibid, p°253

      [12] Ibid., p°253

      [13] Ibid., p°253

      [14] Ibid., p°253

      [15] Etat-Major de spécialisation de l’Outre-mer et de l’étranger, commandé par le général Philippe Delbos, historiquement dédié à la formation à l'interculturalité de l'armée de Terre et maison mère des Troupes de marine. En 2018, un commandement spécialisé pour l’assistance militaire opérationnelle de l’armée de Terre (COM AMOT) verra le jour, pour lequel un échelon préfigurateur a été inauguré en octobre. Cette nouvelle structure sera adossée à l’EMSOME.

      [16] Ibid., p°253

      [17] Guy  HUBIN, La Guerre une vision française, 2012, p°116

      [18] Carl Von CLAUSEWITZ, De la Guerre

      [19] Op. cit., p°53

      [20] T. E. LAWRENCE, p°257

      [21] Ibid., p°253

      [22] HUBIN, p°50

      [23] LAWRENCE, p°254

      [24] H. COUTAU-BEGARIE, Traité de Stratégie, 2017, p°311

      [25] CHALIAND, p°19

      [26] ATF, p°23

      [27] CHALIAND, p°18

      [28] ATF, p°33

      [29] Ibid., p°43

      [30] CHALIAND, p°18

      [31] ATF, p°51

      [32] LAWRENCE, p°262

      [33] Ibid., p°262

      [34] Ibid., p°262

      [35] Ibid., p°263

      [36] ATF, p°25

      [37] Ibid., p°29

      [38] LAWRENCE, p°260

      [39] Ibid. p°260

      [40] Ibid. p°261

      [41] Ibid. p°261

      [42] Ibid. p°263

      [43] Ibid. p°264

      [44] Ibid. p°261

      [45] Général Bruno GUIBERT (interview), « nous nous adaptons en permanence pour conserver l’initiative », Défense et sécurité internationale, Hors Série n°61, P°28

      [46] Art. cit., p°29

      [47] https://www.lexpress.fr/actualites/1/societe/attaque-sans-precedent-contre-les-casques-bleus-et-les-forces-francaises-a-tombouctou_2000183.html

      [48] https://www.lemonde.fr/afrique/article/2017/01/18/nord-du-mali-des-dizaines-de-morts-dans-un-attentat-suicide-dans-un-camp-militaire-a-gao_5064705_3212.html

      [49] http://www.rfi.fr/afrique/20180701-mali-gao-barkhane-attaque-militaires-francais-civils

      [50] HENROTIN Joseph, « innover ou s’adapter ? L’innovation au sens stratégique du terme », Défense et Sécurité Internationale, Hors-Série n°61

      [51] Op, cit. p°46

      [52] Général GUIBERT, p°31

      [53] LAWRENCE, p°258

      [54] André BEAUFRE, Introduction à la Stratégie, 1985, p°16

      [55] HUBIN, p°236

      [56] Voir en particulier Gérard CHALIAND, Pourquoi perd-on la guerre ? Un nouvel art occidental, 2017

      [57] Général Francois LECOINTRE (interview), « Libérer sans tarder toutes les marges de manoeuvre », Défense et Sécurité Internationale, Hors-Série n°61

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