L’effondrement capacitaire des armées est-il en cours ?

Pendant de nombreuses années, les armées françaises firent face à un dilemme crucial : les crédits dont elles disposaient ne permettaient pas de renouveler et d’entretenir le parc des matériels conformément à leur utilisation. Pour compenser ce déficit, les états-majors durent se résoudre à entamer le potentiel de leurs forces, en surexploitant certains matériels (comme les Mirage 2000D, les frégates et sous-marins, les hélicoptères de tous types), en cannibalisant le parc (Chars Leclerc, hélicoptères Tigres, C160..), ou en acceptant d’utiliser des équipements dépassés et potentiellement dangereux pour leurs opérateurs (Hélicoptères Gazelle et Puma, Alouette III, VAB, ERB90, C160, KC135 ..)

Les conséquences de ces décisions, sans pour autant qu’il n’y en ait eu d'autres possibles, se révèlent depuis quelques années, avec un effondrement capacitaire très important, sensible dans toutes les armées.

La Loi de Programmation Militaire (LPM) 2019-2025 propose, et c’est une première en 20 ans, une trajectoire budgétaire pour revenir à une situation d’équilibre d’ici 2025. Et en effet, si elle est intégralement appliquée (ce qui n’est pas du tout acquis), le Budget des armées en 2025, et notamment celui dédié au renouvellement des programmes majeurs, aura atteint des niveaux suffisants pour renouveler progressivement le parc sur 30 ans, et les moyens suffisants pour entretenir convenablement ces équipements.

Malheureusement, ce retour à l’équilibre ne permettra de venir à bout des 20 ans de déflation qu’au bout d’une vingtaine d’années. Pire, pendant les 4 premières années de la LPM, celles connexes au mandat présidentiel, le point d’équilibre ne sera pas atteint, et le déficit opérationnel des armées continuera, de fait, à se creuser.

Ce point d’équilibre est déterminé sur la base du format issu du Livre Blanc de 2013. Or, là encore, ce format n’est pas cohérent avec l’utilisation réelle des forces armées françaises aujourd’hui. De nombreuses catégories d’équipement, comme les avions de chasse, les hélicoptères de manœuvre et de combat, les navires de combat de surface, les canons Caesar pour n’en citer que quelques unes, continueront d’être très nettement sous-capacitaires eu égard aux besoins opérationnels des forces. Pour la seule composante chasse de l’Armée de l’Air, le format de 185 chasseurs défini par le Livre blanc laisse apparaître un déficit de 90 appareils pour maintenir la pression opérationnelle actuelle.

Ce phénomène risque de se retrouver très largement accentué avec l’augmentation des tensions à l’Est avec la Russie, les frictions avec la Chine, et l’émergence possible d’une alliance sunnite au Moyen-Orient.

En dehors d’une révision de la LPM et des documents de référence déjà traités dans cet article, il serait possible d’accélérer et d’éteindre les programmes urgents en utilisant conjointement les sociétés de programmes, en portant le financement et les mécanismes de Défense à Valorisation Positive, pour en limiter très significativement le poids budgétaire, en le ramenant à des montants pour ainsi dire négligeables. Dans le cadre du programme HIL, dont les premières livraisons en 2028 posent de nombreux problèmes aux trois armées, une approche de ce type permettrait de financer et livrer l’ensemble des appareils hors de la planification LPM tout en générant un boni budgétaire de presque 800 m€.

De même, plutôt que de passer les frégates françaises en double équipage tout en réduisant le format de la flotte de surface, il serait possible d’amener le nombre de frégates de 1er rang à 24, et de reconstituer une flotte de corvettes de 12 exemplaires, avec un résidu budgétaire là encore positif, toujours hors de la planification budgétaire de la LPM. La méthodologie présentée dans ces 3 exemples peut s’appliquer à de nombreux domaines, allant des canons automoteurs aux Rafales de guerre électronique, dans une logique de reconstitution des réserves opérationnelles des forces.

Alors que l’application même de la LPM n’est pas garantie eu égard aux indicateurs économiques, que la situation internationale se détériore rapidement, et que les forces armées sont en rupture capacitaire, la résistance dogmatique à l’innovation économique n’est probablement pas la meilleure des postures pour assurer la sécurité du pays et de ses concitoyens.

 

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