La Marine Nationale va-t-elle (encore) réduire son format ?

Dans le plan « MERCATOR » présenté par le chef d’Etat-Major de la Marine, l’amiral Prazuck, l’observateur attentif aura remarqué que le format de la Marine en matière de bâtiments de combat de surface était sensiblement inférieur à ce qu’il n’est aujourd’hui.

Après avoir supprimé la notion d’aviso ou de corvettes, c’était au tour des frégates de second rang, aujourd’hui représentées par les cinq frégates légères furtives de la classe Lafayette de disparaître des inventaires.

En effet, le plan présente une flotte composée de 15 frégates de 1er rang, et 6 frégates de surveillance, mais il n’est plus fait état des cinq frégates légères de 2nd rang.

Rappelons que pour conserver ce format de quinze frégates de premier rang préconisé par le Livre Blanc de 2013, la Marine modernisera trois frégates légères furtives (FLF) pour les doter d’un sonar d’étrave et d’un système anti-aérien SADRAL, les qualifiant ainsi de frégates de 1er rang en attendant la livraison des Frégates de Taille Intermédiaire (FTI) entre 2024 et 2029.

Or, la semaine dernière, la Marine brésilienne a annoncé être intéressée par les 2 Frégates légères furtives qui ne seraient par modernisées, à savoir la Lafayette et l’Aconit. De fait, la notion de frégate de 2nd rang disparaîtra de l’inventaire de la Marine, et ce après la disparition des 17 avisos. Le format de navire de guerre de surface sera donc passé de 41 en 1990 à 21 en 2030, à supposer que les FLF modernisées soient retirées du service avec l’entrée des trois dernières FTI.

Cette réduction de format est compensée par deux facteurs principaux :

En premier lieu, les nouveaux bâtiments de la Marine nationale sont très sensiblement plus puissants que les bâtiments qu’ils remplacent, tant du point de vue de la puissance de feu que de la capacité de détection.

En second lieu, l’amiral Prazuck avait annoncé que les frégates FREMM passeraient progressivement en équipage double, à l’image des sous-marins de la Marine nationale, permettant qu’augmenter la présence à la mer des bâtiments de 50 à 60% tout en préservant les besoins de repos et d’entraînement à terre des équipages.

De fait, les grandes unités de la Marine, le porte-avions nucléaire Charles de Gaulle et les 3 BPC (Bâtiments de Projection et de Commandement), disposeront en permanence d’une frégate anti-aérienne et d’une frégate anti-sous-marine pour leur escorte, tout en libérant six à huit bâtiments pour les missions isolées ou en coalition.

En outre, les bâtiments déployés en zone tendue disposeront tous de capacités défensives suffisantes pour assurer leur protection face aux menaces modernes, comme les missiles anti-navires.

Ce nouveau format engendrera également des effets négatifs. Ainsi, s’il permet effectivement d’augmenter les capacités de la Marine en temps de paix, le double équipage atteindra rapidement ses limites en temps de guerre, où le nombre de bâtiments importe autant que leurs disponibilités à la mer. L’attrition aura également un impact beaucoup plus significatif, réduisant la résilience et la capacité d’action de la Marine nationale en format dégradé. En outre, dans le cas d’un conflit majeur avec de nombreuses zones à couvrir, la Marine Nationale se retrouvera rapidement à cours de moyens, ne serait-ce que pour assurer la protection militaire de ses propres côtes.

D’autre part, ce format aura un impact important sur l’activité industrielle en France, et ce dans un moment critique, alors même que la Chine et d’autres acteurs comme la Corée du Sud ou la Turquie se positionneront sur le marché international. Avec un format de 21 frégates (quinze de premier rang et six de surveillance), et une durée de vie moyenne de trente ans, Naval Group verra son activité domestique extrêmement contrainte, augmentant sensiblement son exposition aux risques exports. Par ailleurs, cela obligera l’industriel français dont le rôle est pourtant stratégique pour un pays disposant de la 2nd ZEE* mondiale, à réitérer ses développements sur fonds propres d'une gamme dédiée à l’export, comme ce fut le cas pour la gamme Gowind.

Ce nouveau format est donc le résultat d’une optimisation intense des moyens dont dispose la Marine nationale, mais ses effets négatifs peuvent entraîner des conséquences importantes, tant du point de vue industriel qu’opérationnel. Pourtant, comme nous l’avons plusieurs fois démontré, les contraintes budgétaires ayant conduit à sa conception peuvent être contournées par un modèle alternatif innovant comme la Défense à Valorisation Positive.

 

*ZEE: Zone Economique Exclusive

 

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