La Turquie a validé la commande de S-400. Et maintenant ?

Les autorités turques ont donc fait leur choix, entre le S-400 russe et le F-35 américain, ils ont préféré le système russe, entraînant naturellement la suspension des livraisons des appareils de Lockheed à l’armée de l’air turque. Après un mois de menaces et de rodomontades, ni Recep Tayyip Erdogan, ni Donald Trump, n’auront cédé, ce qui était somme toute largement prévisible, eu égard aux personnalités des deux hommes, au grand désespoir du général Mattis et de l’OTAN.

Car, en effet, les tensions qui ne manqueront pas de grandir suite à ces décisions rendront très difficile, si ce n’est impossible, le maintien de la Turquie dans l’Alliance Atlantique. On peut, d’ailleurs, se demander si tel n’a pas toujours été l’objectif du président Turc, dans la mesure où il a multiplié les provocations et les tensions avec ses alliés depuis son arrivée au pouvoir. Ne pouvant pas unilatéralement décider de quitter l’OTAN, la Turquie étant un membre fondateur de l’Alliance, la construction méthodique de tensions avec plusieurs de ses membres, de l’Allemagne à la Grèce, en passant par la Bulgarie et, évidemment, les Etats-Unis, était le meilleur moyen pour garantir une sortie en conservant l’aval de la population.

Dès lors, quelles seront les conséquences pour l’OTAN, comme pour l’Europe, d’une telle sortie ? Elles dépendent principalement de l’orientation que donnera le président Erdogan à son pays, et à ses alliances.

Le cas le plus problématique serait une alliance avec la Russie, voire la Russie et la Chine, de sorte à constituer une alliance militaire et économique tripartite. Dans ce cas, la Russie aurait immédiatement les mains libres en mer Noire, au grand dam des Ukrainiens, Géorgiens, Roumains et Bulgares. La Méditerranée orientale serait également très exposée, et les tensions avec la Grèce monteraient en flèche. Cependant, en quittant l’OTAN, la Turquie perdrait également ses principaux soutiens en matière d’équipements de défense, et de pièces détachées. Or, son industrie de défense, si elle est dynamique, n’est toutefois pas prête à prendre le relais dans des délais courts, et le remplacement par des technologies russes et chinoises nécessitera du temps.

La Turquie peut également chercher à rejoindre, voire fédérer l’alliance sunnite qui se créée autour du couple égypto-saoudien. Dans cette hypothèse, la Turquie mettrait en avant à la fois sa puissance militaire et son industrie de défense, très supérieure à celles des autres pays de l’Alliance, pour accélérer la trajectoire d’indépendance stratégique prise à long terme.

Enfin, Ankara peut choisir une voie intermédiaire, en cherchant des alliances vers le Qatar, le Pakistan, l’Algérie. Mais il ne pourra s’agir que d’une solution de repli, dans le cas où les deux premières solutions seraient infructueuses.

Quoiqu’il en soit, aucun de ces scenarii n’est particulièrement favorable à l’Europe et à ses membres. Il sera probablement nécessaire de réévaluer rapidement les choix parfois discutables en matière de transfert de technologies ou d’approvisionnement énergétique avec Ankara. Il sera également indispensable de porter rapidement une assistance militaire à la Grèce, et probablement à la Bulgarie et la Roumanie. Dans le cas grec, il serait certainement pertinent que ce soutien soit organisé non par l’OTAN, mais par l’Union Européenne, et plus particulièrement par l’Allemagne et la France, de sorte à envoyer un message limpide à Ankara, tout en montrant à la population grecque que l’Union Européenne sait être là lorsqu’il le faut.

 

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