Le missile de croisière nucléaire « Burevestnik » est-il vraiment une menace ?

Le 11 mars 2018, en pleine campagne électorale pour sa réélection pour un quatrième mandat présidentiel, Vladimir Poutine a créé la surprise en présentant plusieurs nouvelles armes développées par la Russie et présentées comme donnant un avantage significatif à la Russie sur l’OTAN. Et il est vrai que le missile hypersonique aéroporté Kh-47M2, le missile de croisière intercontinental Sarmat, la torpille dronisée Poseidon ou le planeur hypersonique Avangard ont tous provoqué des réactions et des prises de conscience en Occident. Il suffit de regarder l’empressement de l’U.S. Air Force au sujet des technologies hypersoniques depuis six mois pour s’en convaincre.

Parmi ces annonces, figurait un nouveau « missile de croisière à propulsion nucléaire à la portée illimitée ». Cette annonce a laissé beaucoup de monde circonspect, à la fois quant à la réalité du dispositif qu'à propos de sa pertinence comme arme aujourd’hui.

En effet, la propulsion nucléaire d’un missile n’a rien de très nouveau, et des travaux avaient été menés aux Etats-Unis dans ce domaine dans les années 50. Le principe est relativement simple : la réaction nucléaire contrôlée provoque un rapide échauffement de l’air pulsé par une turbine, engendrant sa rapide dilatation liée à l’augmentation de la pression (le fameux PV=nRT que tout étudiant en Science a appris par cœur), permettant de propulser ce gaz à haute vitesse, créant ainsi une poussée. La durée de vie du matériau radioactif permet de maintenir la réaction pendant plusieurs dizaines d’heures. Ainsi, les tests américains avaient permis de calculer qu’un tel missile pouvait faire plus de 4 fois le tour de la terre avant d’être à court d’énergie. En outre, la poussée est suffisamment puissante pour atteindre des vitesses supersoniques élevées, sans toutefois atteindre le seuil de l’hypersonique.

Dans ces conditions, pourquoi avoir abandonné une telle technologie ?

Il se trouve que cette approche a plusieurs défauts rédhibitoires. En premier lieu, elle émet d’intenses rayonnements ionisants laissant une véritable trainée radioactive derrière elle. Comme l’indique Laurent Lagneau, il y a fort à parier que l’alerte radiologique de 2017 aux frontières russes fut liée aux essais de ce missile. D’autre part, même si très rapide vis-à-vis des autres missiles de croisières, le missile ainsi propulsé est très lent, et très vulnérable aux systèmes anti-missiles, en comparaison des missiles balistiques intercontinentaux. Or, sa nature nucléaire interdit une quelconque autre utilisation que celle d’arme stratégique.

De fait, le projet a été jugé inefficace par les autorités américaines, et fut finalement abandonné en 1961.

Dans ce cas, pourquoi la Russie a-t-telle décidé de développer une telle technologie ?

Soyons honnêtes, il n’y a aujourd’hui aucune réponse certaine à cette question, en tout cas dans le domaine public. On ne peut, à ce stade, que faire des conjectures éclairées.

Commençons par éliminer le bluff, qui à ce stade serait bien inutile. Avec les Kinjhal, Poseidon, Zircon, Avangard ou même T-14 Armata et S-500, la Russie dispose de bien des sujets pour faire monter la pression dans les états-majors occidentaux. Le Burevestnik a bel et bien une fonction, et celle-ci pourrait bien se trouver dans son nom. En effet, Burevestnik signifie Goéland en russe, un oiseau marin connu pour pouvoir parcourir de très importantes distances et rester très longtemps en l’air.

Dès lors, on peut imaginer que le missile aurait pour fonction de patrouiller une zone maritime et attaquer tout navire qui tenterait d’y pénétrer ou de la traverser. Les progrès en matière d’intelligence artificielle et de contrôle à distance permettent en effet de développer une telle fonction. Reste le problème de la radioactivité, qui sera néanmoins bien moindre sur les mers qu’au dessus des terres. D’ailleurs, rien ne dit que le missile ne sera pas composé d’un porteur nucléaire et d’une munition autonome à propulsion chimique très conventionnelle, ce dernier se séparant une fois la cible à portée.

Quoi qu’il en soit, le Burevestnik est une nouvelle démonstration du renouveau russe sur la scène internationale, et de l’incroyable dynamisme de son industrie de défense.

 

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http://www.opex360.com/2018/08/26/russie-a-t-perdu-missile-burevestnik-a-propulsion-nucleaire/

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