Le Racer, le coup de génie d’Airbus Helicopters

La prochaine génération d’hélicoptères militaires sera, à n’en point douter, en rupture avec les générations précédentes. A cela deux raisons majeures : premièrement le renforcement très notable des moyens de détection et d’engagement des cibles terrestres et navales, obligeant les hélicoptères qui opèrent a partir de ces spots à parcourir de plus longues distances pour effectuer leurs missions. Deuxièmement, les performances de croissance des systèmes anti-aériens, obligeant les hélicoptères à réduire au maximum leur temps de présence au dessus des zones d’engagement et, le cas échéant, à s’en extraire le plus rapidement possible. En d’autres termes, la vitesse et le rayon d’action deviennent les facteurs clés de la survivabilité et des performances d’un hélicoptère militaire de demain.

Pour répondre à ces enjeux, l’U.S. Army a lancé le Future Vertical Lift program (FVL), destiné à remplacer l’ensemble de son parc d’hélicoptères, du OH-58 Kiowa de reconnaissance au Chinook de transport lourd.

Le FVL s’est initialement consacré au remplacement des UH-60 Black Hawk, l’hélicoptere de manœuvre en dotation dans l’U.S. Army, et deux projets ont été retenus pour y répondre : le V-280 de Bell, et le S-97 Raider de Sikorsky.

Le V-280 utilise la technologie des rotors basculants, à l’instar de l’Osprey du Marines Corps. La solution a montré ses avantages, notamment en terme de vitesse, mais également ses risques, avec un nombre important d’accidents lors des phases de transition.

Le S-97 de Sykorsy a choisi, pour sa part, une solution avec rotors contrarotatifs et hélice propulsive, dans un mix entre les productions russes de Kamov et l’AH-56 Cheyenne mort né. Contrairement à ce dernier, l’anti-couple est fourni par les deux rotors principaux tournant en sens inverse. La solution apporte à coup sûr un haut degré de performances, mais également un très haut degré de technicité, donc de maintenance, donc de coûts.

Bien que ne prenant pas part à la compétition FLV, l’hélicoptériste franco-allemand Airbus Helicopters a lui aussi étudié les problématiques de grandes vitesses, avec le démonstrateur X3 à propulsion hybride, utilisant deux hélices en traction réparties de chaque coté du fuselage, dont l’énergie est captée sur la ligne principale, et fournissant à la fois l’anti-couple par son différentiel appliqué, et une poussée accrue pour atteindre les hautes vitesses. Le démonstrateur a ainsi atteint la vitesse de 472 km/h à 10.000 pieds d’altitude, soit plus de 150 km/h de plus que le Dauphin dont il était issu.

Cette approche est particulièrement brillante, puisqu’elle repose sur une technologie relativement simple ne multipliant pas plus que nécessaire les pièces mobiles d’un hélicoptère, tout en conférant un haut niveau de performance.

Airbus Helicopters a entrepris, en 2017, de développer un nouveau démonstrateur sur cette technologie, avec le Racer, pour Rapid Cost-Effective Rotorcraft, utilisant cette fois deux nacelles propulsives permettant, selon Airbus, d’économiser jusqu’à 10% de carburant, tout en garantissant une vitesse de croisière de plus de 200 noeuds, ou 370 km/h.

Etonnement, le démonstrateur européen vise d’abord et avant tout le marché de l’off-shore, un débouché traditionnel pour Airbus Helicopters, et les applications militaires de la technologie ne sont, pour l’heure, pas développées. Pourtant, la logique qui pousse les Armées américaines à rechercher une vitesse et un rayon d’action plus importants pour leurs voilures tournantes s’applique également aux Européens, plus particulièrement à la France qui met en œuvre 3 BPC, des bâtiments de projection utilisant, en partie, des hélicoptères pour déployer les forces à terre.

Reste donc à voir si les armées françaises et européennes apporteront leurs soutien à cette technologie remarquable, tant du point de vue opérationnel que commercial. Bien souvent en France, et plus globalement en Europe, le temps entre l’idée et l’application de l’idée, fait perdre une grande partie de la pertinence et de l’intérêt de celle-ci.

 

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http://www.airrecognition.com/index.php/archive-world-worldwide-news-air-force-aviation-aerospace-air-military-defence-industry/global-defense-security-news/global-news-2018/october/4586-airbus-racer-high-speed-chopper-achieves-preliminary-design-review.html

 

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