Les armes hypersoniques vont redéfinir les doctrines militaires à court terme

Depuis l’annonce en mars dernier de l’entrée en service de systèmes d’armes hypersoniques par le président Poutine, il semble que le Pentagone en ait fait sa  grande priorité, reléguant la sacro-sainte furtivité au rang de technologie secondaire.

Ainsi, de nombreux programmes ont été annoncés ces derniers mois, visant à développer des missiles hypersoniques, mais également des systèmes les contrer, comme un drone HALE (Haute Altitude Longue Endurance) emportant un laser de 140kw voir de 280 kw.

Mais aujourd’hui, l’avantage est clairement passé du côté russe, qui dispose d’une avance notable concernant les missiles hypersoniques et les planeurs d’entrée atmosphérique. Ainsi, comme le décrit parfaitement le premier article ci-dessous, le missile Kinjhal est d'ores-et-déjà susceptible d’éliminer un grand nombre d’infrastructures stratégiques de l’OTAN dans une logique de première frappe, alors même que cette doctrine a toujours été à la faveur des Occidentaux. Ne pouvant être intercepté, emportant une lourde charge militaire de 500 kg, et portant à plus de 2000 km, le couple Kinjhal/Mig31 est en mesure d’éliminer une grande partie des sites de défense anti-aérienne et anti-missile occidentaux avant qu’ils n’aient le temps de réagir. Il peut également viser les infrastructures de transport, de communication et de commandement, vitales pour une alliance comme l’OTAN qui doit coordonner les armées de 28 pays.

Selon ce même article, les forces aériennes russes auraient effectué plus de 280 missions d’entrainement avec le couple Mig31/Kinjhal depuis le mois de Mars, montrant l’importance donnée à ce système d’arme par la doctrine. En outre, les versions modernisées du bombardier stratégique Tu-22M3 backfire, le Tu-23M3M, emporteront elles aussi le missile hypersonique, non pas pour frapper les porte-avions car le missile ne peut probablement pas utiliser de système de guidage « vers l’avant » en haute vitesse, indispensable pour attaquer des cibles mobiles comme les porte-avions. En revanche, les dégâts qu’un tel missile pourrait faire aux infrastructures portuaires et aéroportuaires européennes pourraient compromettre les capacités de renforcement américaines et canadiennes.

On comprend dès lors l’empressement des Etats-Majors occidentaux à trouver une parade face à ce système d’arme, susceptible de porter un coup fatal à l’OTAN, d’autant que la maîtrise des technologies du Kinjhal permet aux ingénieurs russes de développer de nouveaux missiles hypersoniques sur la base d’autres plates-formes balistiques.

Ne nous y trompons pas, le Kinjhal n’est pas une arme miracle, même si ses performances sont de nature à apporter un avantage marqué aux forces russes en cas de conflit. En revanche, le système d'arme est révélateur de la doctrine qui prévaut aujourd’hui en Russie, pour développer des technologies et des systèmes d’armes utilisant les faiblesses de l’OTAN, c'est-à-dire sa forte dépendance aux infrastructures et à sa puissance aérienne. C’est la même logique qui prévalait à la conception du S-400 pour contraindre la puissance aérienne occidentale, comme à la priorité donnée aux versions modernisées du T-72, T-80 et T-90 plutôt qu’au T-14 pour disposer rapidement et à moindre coût d’un nombre très important de chars de combat, largement supérieur aux chars de l’OTAN stationnés en Europe.

Quelle que soit l’appréciation que l’on puisse avoir du gouvernement russe, et de la Russie, on ne peut ignorer qu’elle développe depuis 10 ans une force militaire conçue et formatée pour défaire l’OTAN en neutralisant ses forces (comme la puissance aérienne) et en exploitant ses faiblesses (comme la force blindée lourde). C’est un sujet de préoccupation majeure pour beaucoup des Etats-Majors en Europe.

Lire l’article en anglais (4 min)

https://nationalinterest.org/feature/america-and-russia-are-headed-toward-hypersonic-showdown-30587

A lire également en anglais (5 min)

https://www.military.com/defensetech/2018/08/30/army-secretary-want-field-hypersonic-weapons-next-10-years.html

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