Les difficultés de l'armée allemande peuvent-elles être résolues par l’augmentation de son budget ?

Depuis quelques mois, la défense et les armées allemandes font l’objet d’un traitement peu enviable et peu élogieux. D’un côté, le président Trump a fait de l’Allemagne l’exemple du manque d’investissements des pays européens dans l’OTAN et dans leur défense. D’autre part, de nombreux articles ont dénoncé la très faible disponibilité des équipements majeurs de ses armées, comme les avions de chasse, les chars de combat, les frégates et les sous-marins.

Dans les deux cas, c’est le budget attribué au Ministère de la Défense qui a été pointé du doigt, avec en ligne de mire la règle élevée au rang de dogme des « 2% de PIB ».

Comme souvent, la situation est plus complexe, et la seule augmentation du budget de la défense ne permettrait probablement pas de résoudre les défaillances opérationnelles rencontrées.

Il est vrai que le budget de la défense allemand a connu une forte déflation face au PIB du pays depuis 1990. En Euros constants, les dépenses ont également légèrement baissé avant de stagner pendant près de 20 ans. Comme pour beaucoup de pays, les gouvernements successifs se sont laissés griser par les « bénéfices de la paix », au point de développer une certaine myopie vis-à-vis des évolutions géopolitiques mondiales. Et comme beaucoup d’armées européennes, les armées allemandes ont été confrontées au paradigme « faire toujours mieux pour toujours moins cher ». En ce sens, la situation actuelle des forces outre-rhin est parfaitement représentative de ce qu’aurait été celle des forces françaises si la LPM 2019-2025 n’avait pas inversé la tendance. Cette épée de Damoclès pèse toujours sur les armées françaises, si les engagements pris n’étaient pas respectés.

Mais au-delà de la question budgétaire, c’est la conception même de la Défense par les autorités de Berlin qui pose problème, et qui entrave la reconstruction de son outil militaire. Ainsi, pour de nombreux dirigeants allemands, l'effort budgétaire est le seul axiome de pilotage de la défense. C’est cette approche qui explique les dérives procédurales et législatives qui empêchent, aujourd’hui, les armées d’organiser leurs flux logistiques. En outre, si le modèle économique et social allemand est souvent cité en exemple en Europe, il est également construit sur une base fragile, la démographie du pays. La faible natalité et l’augmentation de l’espérance de vie génèrent un risque très important pour l’avenir des équilibres financiers du pays, risque que les tenants de l’orthodoxie financière veulent contenir en réduisant au maximum les « dépenses non productives » de l’Etat, dont les dépenses de Défense font, à tort, parties.

De fait, lorsqu'Angela Merkel s’engage à mettre l’accent sur l’effort de défense, de nombreux contre-pouvoirs entravent les initiatives de la chancelière.

Enfin, la population allemande, si elle n'y est pas hostile, reste peu concernée par les questions de défense, et les armées ont beaucoup de difficultés à recruter et conserver leurs effectifs.

Il apparaît donc que l’augmentation du budget de défense allemand est loin d’être suffisante pour reconstruire les forces militaires opérationnelles nécessaires à la défense du pays. Elle doit s’accompagner d’une réflexion profonde sur le rôle de la défense sur et pour l’économie du pays, ainsi que d’une importante communication pour expliquer aux électeurs allemands les enjeux réels d’une telle défense, pour leur pays comme pour l’Europe.

En ce sens, la situation de la défense et des forces armées de notre voisin outre-Rhin n’est autre qu’un miroir grossissant des difficultés françaises, et les solutions de l’un doivent donc pouvoir s’appliquer à l’autre.

 C'est peut-être là un des rôles premiers que devrait se donner l'Europe de la Défense : la mise en commun des problèmes et des solutions entre armées européennes ...

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https://www.defensenews.com/global/europe/2018/09/05/germany-unveils-growth-plan-for-the-bundeswehr/

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