Mer d’Azov et Mer de Chine, 2 exemples de la puissance des états autoritaires sur les démocraties

La crise diplomatique et sécuritaire conséquence de l’arraisonnement musclé de 3 bâtiments de la Marine ukrainienne par la Marine russe de la Mer Noire dans le détroit de Kertch, apporte un éclairage nouveau sur les objectifs de Moscou en Mer d’Azov.

A l’image des revendications chinoises en Mer de Chine, la Russie réclame désormais la quasi mainmise sur la Mer d’Azov avec, notamment, le contrôle des entrées et sorties par le détroit départageant Mer d’Azov et Mer Noire. De fait, l’Ukraine se retrouverait sans possibilité pour faire transiter des bâtiments entre ses ports de la Mer Noire comme Odessa et ceux en Mer d’Azov, comme Marioupol.

Outre les conséquences économiques évidentes pour l’activité portuaire ukrainienne, cette éviction des droits ukrainiens prive également le pays des ressources pétrolières et gazières découvertes dans la zone, qui était ukrainienne jusqu’il y a peu.

Enfin, le contrôle complet de la Mer d’Azov permet aux forces russes de déployer rapidement et facilement des forces entre les ports russes et les côtes ukrainiennes, ce qui procurerait un important avantage si Moscou décidait de mener une offensive pour relier le Donbass et la Crimée par la terre, en capturant militairement les oblasts côtiers de la zone.

Face à cela, les autorités ukrainiennes n’ont que peu d’options, aucune n’étant particulièrement constructive. Moscou, de son côté, multiplie les opportunités et le renforcement de sa position régionale.

Face à cela, l’Europe est remarquablement désarmée. Les capitales européennes ont toutes appelé au calme et à la retenue, sans pour autant être en mesure de proposer une sortie de crise face a la puissance russe dans la région. Berlin a même appelé spécifiquement Kiev à la plus grande retenue, alors même que c’est l’Ukraine qui est spoliée de son territoire et de ses droits internationaux.

Cette situation n’est pas sans rappeler celle en Mer de Chine, et celle qui se développe autour de Taïwan. Désormais, toutes les intrusions de marines occidentales dans la zone de contrôle chinoise font l’objet d’une intervention de la Marine et de l’aviation navale chinoise, et de réclamations officielles de plus en plus appuyées de la part de Pékin.

Et, effectivement, même si les marines américaines, australiennes, japonaises et même européennes continuent de faire prévaloir le droit international en ignorant les invectives chinoises et en pénétrant régulièrement dans ces zones, ces missions sont désormais de plus en plus sensibles, et donc planifiées très méticuleusement.

Dans les deux cas, on ne peut que constater l’efficacité de la stratégie du fait-accompli menée par Moscou et Pékin, et l’impuissance flagrante des démocraties occidentales face à elle.

De par leurs dépendances à ces puissances autoritaires, au gaz russe pour les Européens, à la puissance industrielle et financière chinoise pour les États-Unis, les gouvernants occidentaux ne disposent que d’options limitées pour tenter de faire face, par ailleurs contraints par une opinion publique de plus en plus hostile à une opposition militaire face à ces pays.

Comparaison n’est pas raison, mais la situation actuelle évolue de manière similaire à celle qui, à la fin des années 30, entraîna le glissement vers la 2ème Guerre Mondiale. Ne nous y trompons pas, lorsque les démocraties reculent, c’est la paix mondiale qui recule avec elles.

 

Lire l’article en anglais (4 min)

https://nationalinterest.org/feature/nightmare-how-war-ukraine-could-go-regional-37557

A lire également en anglais (4 min)

http://www.chinadaily.com.cn/a/201811/30/WS5c013866a310eff30328c1fd.html

 

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