Newsletter géopolitique n°3

Nemrod – Enjeux Contemporains de Défense et de Sécurité est un cercle de réflexion créé en 2018 et domicilié à l'Université Paris-Sorbonne, qui rassemble des étudiants-chercheurs linguistes, historiens, ingénieurs, philosophes ou juristes, spécialisés sur les questions de défense et de sécurité internationale.

 

Quarante-deuxième édition

7 janvier 2019



L'irruption de la Chine dans le domaine balistique: la bipolarité liquidée

 

L’architecture de l’ordre international dessinée pendant la Guerre Froide risque de se déliter sous nos yeux : si le condominium russo-américain, entre compétition féroce et nécessaire coopération, a expiré sur les ruines du mur de Berlin, la Guerre Froide avait laissé à l’aube du XXIème siècle un épais tissu de traités, pratiques, et coutumes qui offrait à un corps ivre l’illusion d’un chemin à suivre.

Le nucléaire stratégique, en raison de son apocalyptique potentiel de destruction, représentait à n’en pas douter le domaine le plus abouti de coopération entre les deux blocs. La compréhension fine, d’un camp à l’autre, des pièges de la dissuasion nucléaire, avait entrainé progressivement la limitation bilatérale, dans les années 1970, (Strategic Arms Limitation Talks – traités SALT I et SALT II) du nombre de vecteurs et de têtes nucléaires et même leur réduction à partir des années 90 et la conclusion des Strategic Arms Reduction Talks (START I et START II). C’est d’ailleurs un traité de cette même famille (le FNI – Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire) qui avait permis de mettre fin à l’une des dernières grandes crises de la Guerre Froide, la crise des Euromissiles, avec l’élimination de missiles balistiques et de croisière d’une portée comprise entre 500 et 5500 km.

Ainsi les plafonds actuels, fixés par le dernier né de la série, New Start - signé en 2010 - à 800 lanceurs opérationnels (dont 700 déployés, ICBM, SLBM et bombardiers confondus) et 1550 têtes déployées, représentent un minimum historique par rapport à START I et son plafond de 6000 têtes (il faut toutefois relever que New Start ne concerne ni les ogives nucléaires inactives qui restent stockées, ni les armes nucléaires tactiques).

L’équilibre de la terreur repose sur un principe simple : tout Etat qui ferait l'objet d'une attaque devrait être en mesure, malgré les dommages subis, de riposter par une attaque de la même ampleur sur le même type d’objectifs ciblés. Il est donc impensable, pour chacun des camps, de laisser l'adversaire se doter d’une arme qui potentiellement pourrait neutraliser sa frappe de représailles.

C’est ainsi que la Russie de Poutine a régulièrement dénoncé la volonté américaine de déployer un bouclier antimissile dans les pays d’Europe de l’Est, membres de l’OTAN. Celui-ci offre virtuellement la possibilité aux Etats-Unis de neutraliser des missiles balistiques et de croisière en plein vol et donc de rendre inopérante toute stratégie de représailles, ruinant du même fait la crédibilité de la dissuasion nucléaire russe. Pour les stratèges russes, le perfectionnement du système antimissile américain impose de pouvoir se doter d’un système d’arme capable de détruire le bouclier déployé en Europe occidentale, soit précisément le type de missiles interdits par le traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire.

Après avoir suspecté publiquement la Russie de violation du traité FNI dès 2014, en raison du développement par Moscou du missile Novator 9M729 (missile dont la portée serait, d'après le Kremlin, inférieure à 500 km ce qui l’exclurait du champ d’application du traité), Donald Trump a fait état en octobre 2018 de son intention de retirer les Etats-Unis du FNI. Deux mois plus tard, Vladimir Poutine annonçait le test réussi d’une nouvelle arme stratégique, « Avangard », un missile hypersonique d’une portée de 4000 km, dont la vitesse permettrait de neutraliser les systèmes de défense antimissiles.

Seuls les Etats-Unis et la Russie sont concernés par des seuils qu’ils se sont eux-mêmes imposés de manière contraignante et qu’ils remettent aujourd’hui en cause. À l’époque, aucune autre puissance n’était en mesure de pouvoir un jour atteindre ces seuils. La démesure des arsenaux nucléaires américano-soviétiques, l’écart technologique entre les deux grands et leurs poursuivants (la France, en comparaison, a possédé jusqu’à 500 têtes opérationnelles dans les années 90), la différence de doctrine stratégique (destruction mutuelle assurée / du faible au fort), et l’alignement des intérêts entre les superpuissances dans les années 90 étaient tels que la pertinence d’un traité multilatéral de limitation de l’armement nucléaire était faible par opposition au traité de non-prolifération nucléaire dont l’objectif était d’éviter la dissémination de la maîtrise de l’arme atomique.

L’irruption de la Chine dans le domaine balistique est une source d’inquiétude pour son voisin russe. De la même manière que dans les années 1980, les Européens s’inquiétaient du déploiement de missiles stratégiques russes d’une portée de 5000 km, les Russes voient d’un mauvais œil l’acquisition de ce type de système d’armes par leur ambitieux voisin sans qu’ils aient le droit d’en faire de même.

Cette asymétrie est à l’origine d’une réaction diplomatique russe particulièrement habile à la menace de retrait américain avec la proposition d’étendre le FNI aux Etats non signataires qui se doteraient de forces nucléaires à portée intermédiaire.

L’avenir du FNI servira de test à l’ensemble de l’architecture de sécurité mondiale. S’il tombe, il restera comme l’échec flagrant du désarmement nucléaire; s’il perdure et s'étend aux Etats du seuil, il sera la preuve qu’il est possible d’adapter l’héritage bipolaire à un monde où coexistent plusieurs pôles.

Nous vous souhaitons une très bonne lecture.

Jean Galvé

 

Veille Stratégique - Défense et Sécurité - Semaine du 31 décembre 2018 au 6 Janvier 2019

AFRIQUE

La Chine annonce un soutien financier au G5 Sahel

 Le ministre des Affaires étrangères de la République populaire de Chine, Wang Yi, a débuté ce vendredi 4 janvier une tournée au Sahel. Le 3 janvier, il s’était d’abord rendu en visite en Éthiopie, « partenaire stratégique » de la Chine en Afrique et véritable laboratoire de la « Chinafrique ».
Le chef de la diplomatie chinoise a par la suite effectué une visite de travail au Burkina Faso. Le 26 mai dernier, le Burkina, l’un des deux derniers pays du continent africain, avec le Swaziland, qui reconnaissait encore officiellement Taïwan comme un État indépendant, a rompu ses relations diplomatiques avec la « République de Chine ». Le Burkina avait au préalable négocié avec Pékin que l’ensemble des projets de développement (agriculture, éducation, santé) initiés par Taïwan soient repris par la Chine continentale.
En matière de sécurité-défense, le représentant de Pékin a rappelé l’engagement chinois à soutenir le Burkina Faso face aux défis sécuritaires. Louant également les « efforts précieux » du G5 Sahel, il a annoncé un appui de la Chine, notamment à travers le versement de 300 millions de yuans. Au plan matériel, Wang Yi a assuré que l’aide militaire promise était en cours de livraison ou déjà acheminée sur le sol africain.
La tournée de M. Wang doit se poursuivre en Gambie, ce samedi, dans un pays qui a également rompu avec Taïwan depuis 2013 et qui cherche à développer ses relations avec Pékin. Le ministre chinois achèvera son voyage au Sénégal, le dimanche 6 janvier, où il rencontrera son homologue Sidikia Kaba, ainsi que le président de la République du Sénégal, Macky Sall.

Au sommaire :

  • RDC : les États-Unis prépositionnent des troupes au Gabon
  • Egypte : Hosni Moubarak témoigne contre les frères musulmans et Mohammed Morsi
  • Libye : attaque du ministère des affaires étrangères par l’EI

AMÉRIQUE

Afghanistan: l'ordre de retrait pas encore donné
Alors qu’il y a environ deux semaines, la nouvelle d’un retrait des forces américaines du théâtre afghan avait été largement couverte par la presse et avait suscité de nombreuses critiques et inquiétudes, une forte réserve a été apportée par la Maison-Blanche et le Pentagone. De fait, Garrett Marquis, porte-parole du Conseil de Sécurité Nationale (NSC) a écrit vendredi 4 que « le Président n’avait pas arrêté de décision sur un retrait de la présence militaire d’Afghanistan et n’avait pas ordonné au Département de la Défense d’initier le processus de retrait des personnels américains d’Afghanistan ». Cette déclaration confirme les propos tenus dès dimanche dernier par le général Scott Miller, commandant des forces internationales en Afghanistan, selon lesquels il n’avait pas reçu d’ordre de modifier les effectifs militaires sur le théâtre.
Néanmoins, au vu de la dynamique impulsée par le président Trump au Levant et de sa conception très critique des gains résultant des interventions américaines au Moyen-Orient en général et de leur coût humain et financier indéniable (2300 morts américains et 126Mds$ pour l’Afghanistan depuis 2011, en comptant les opérations d’aide et de reconstruction), il y a lieu de considérer qu’un tel retrait devrait prendre place dans un futur proche. En effet, si publiquement, plusieurs officiels américains ont témoigné des progrès permis par la stratégie de l’administration Trump sur le théâtre (notamment en matière de renforcement et de formation des forces de sécurité et de défense afghanes), la situation sécuritaire et militaire y demeure critique. Le dernier rapport du SIGAR (Inspecteur général spécial pour la reconstruction de l’Afghanistan) la décrit même comme ayant atteint une « impasse ».
  • Spéculations autour du prochain Secrétaire à la Défense
  • Déclaration du nouveau Secrétaire à la Défense par intérim
  • Départ de la porte-parole du Pentagone, Dana White
  • Vaste remaniement en vue au Senate Armed Services Committee
  • Corée du Nord : Donald Trump se dit prêt à une nouvelle rencontre avec Kim Jong-Un
  • Mer de Chine : le Pentagone invite ses alliés du Pacifique à accroître leur présence militaire
  • La livraison des KC-46 retardée par le départ de James Mattis
  • Syrie : le président Trump pourrait ralentir le rythme du retrait américain
  • La Navy expérimente un nouveau concept opérationnel
  • DARPA : des robots pour l’infanterie?
Au sommaire - Amérique latine
  • Argentine : accord stratégique entre les entreprises FAdeA et Nordex Group
  • Pérou : participation à la Minusca en Centrafrique
  • Uruguay : 2019, peu de nouveaux équipements militaires
  • Venezuela : aide stratégique russe à la Marine
     

ASIE - PACIFIQUE

Corée du Sud / Japon : vives tensions suite à un incident militaire
Les relations miliaires et politiques entre la Corée du Sud et le Japon se sont tendues depuis le mois dernier suite à un incident survenu en mer. Le Japon accuse un navire militaire sud-coréen d’avoir un instant « verrouillé » comme cible un avion de patrouille maritime Kawasaki P-1 de la Force maritime d'autodéfense japonaise. La Corée du Sud juge que c’est au Japon de présenter ses excuses pour avoir voler à une altitude de moins de 150 m à une distance d’environ 500 m de son navire de guerre tandis que celui-ci opérait une mission de sauvetage. Les deux États demeurent campés sur leur position, se désignant l’un et l’autre comme responsable de ce qui aurait pu s’achever comme un événement sanglant.
  • Chine: test d'une version chinoise de la "mother of all bombs"
  • Chine : discours volontariste du Président Xi Jinping à l'égard de Taiwan de l'armée populaire de libération
  • Asie du Sud-Est - Royaume-Uni : le secrétaire d'Etat à la défense envisage la construction d'une nouvelle base militaire dans la région
  • Corée du Nord : le président Kim Jong-Un prononce ses voeux pour 2019

EUROPE

De nombreuses personnalités politiques victimes d'attaque cyber massive en Allemagne
De nombreuses personnalités politiques, dont le chancelier fédéral Angela Merkel, des membres du Gouvernement, ainsi que des membres du monde de la culture et des médias ont été les victimes d’une attaque cyber consistant en un vol de données personnelles confidentielles. Ces données - documents internes aux partis, échanges par messageries, listes de courriels - ont ensuite été rendues publiques sur un compte Twitter durant tout le mois de décembre, comme une éphéméride de l’Avent. La chaîne publique de télévision RBB a révélé ces attaques le 4 janvier, suscitant une indignation unanime en Allemagne. En effet, l’ensemble des partis politiques allemands, à l’exception notable de l’AfD (Alternative für Deutschland, le parti d’extrême droite) sont concernés par les attaques, avec au moins
400 membres de la CDU (Union chrétienne-démocrate, soit le parti d’Angela Merkel) et 230 membres du SPD (sociaux-démocrates ; au pouvoir en coalition avec la CDU) qui ont été touchés.
L’enquête en cours semble selon les autorités allemandes (dont Patrick Sensburg, député chargé des questions de renseignement au sein de la CDU) s’orienter vers des groupuscules d’extrême droite, proches de l’AfD. Toutefois, d’autres voix sont plus prudentes, à l’instar du Centre national de cyberdéfense, car dans le cas des attaques cyber, il est délicat d’établir un lien de causalité, d’autant plus que le nombre de personnes impactées suggère plusieurs attaques. Dans tous les cas, de nombreux commentateurs s’interrogent sur une éventuelle participation de la Russie. Cette mise en cause s’inscrit dans une implication plus large de la Russie dans les processus démocratiques des puissances occidentales, comme aux États-Unis.
Pour mémoire, ce n’est pas la première fois que l’Allemagne est victime d’attaque cyber. En 2015, la NSA (National Security Agency) avait espionné le téléphone d’Angela Merkel, ainsi que diverses entreprises européennes, provoquant des tensions entre alliés. Ces nombreuses attaques qui se multiplient en Allemagne, et plus largement en Europe, reposent la problématique d’une défense cyber plus robuste : c’est dans ce cadre que le Parlement européen a adopté en 2016 le règlement général sur la protection des données (RGPD) visant à renforcer les protections des données personnes pour les citoyens de l’Union européenne.
  • France – Florence Parly rappelle les engagements des armées françaises au cours de l’année 2018
  • Un militaire français arrêté à Barcelone en possession d’un pistolet mitrailleur MAC50 et de cinq chargeurs de munitions     
  • L’Allemagne prend le commandement de la force opérationnelle interarmées à très haut niveau de préparation de l’OTAN
  • Les Pays-Bas et la Belgique retirent leurs F-16 de Jordanie
  • France/Afghanistan – Un ancien interprète afghan devrait bénéficier de la protection fonctionnelle

PROCHE ET MOYEN-ORIENT

L'Iran enverra des navires de guerre dans l'Atlantique en mars 2019
Alors que le porte-avion USS John C. Stennis est entré dans le Golfe la semaine dernière, la marine iranienne a déclaré envoyer des navires de guerre se déployer dans l'Atlantique à partir du mois de mars, début de la nouvelle année iranienne. Le contre-amiral Touraj Hassani a précisé  ce vendredi 4 janvier à l'agence de presse officielle IRNA que « l'océan Atlantique est loin et l'opération de la flottille navale iranienne pourrait prendre cinq mois ».
Le Sahand, nouvellement construit, serait l'un des navires de guerre envoyé en mission pour le Venezuela. Présenté comme un destroyer, le navire de 1 300 tonnes disposerait d'un poste de pilotage pour les hélicoptères et serait équipé de canons anti-aériens et anti-navires, de missiles surface-surface et surface-air, ainsi que de capacités de guerre électronique. Il serait capable de traverser les océans pendant 150 jours avec un navire de soutien logistique.
Cette annonce suit celles des Gardiens de la Révolution qui avaient déclaré le lundi 31 décembre envisager la modernisation de leurs vedettes rapides dans le Golfe avec de la technologie furtive et de nouveaux lanceurs de missiles. Il n’a pas été précisé si l’Iran maîtrisait ces technologies ou si elles étaient encore en phase d’étude. Si par le passé la république islamique a déclaré avoir mis au point sa propre technologie furtive pour les avions de combat et les navires, les prototypes dévoilés avaient surtout suscité la suspicion des experts en armement. Les forces navales iraniennes manquent d’une flotte conventionnelle solide. Cependant, elles sont composées de nombreux bateaux rapides à lanceurs de missiles portables anti-navires et adaptés à la guerre des mines; elles pourraient ainsi bloquer le détroit d'Ormuz. Ces dernières années, la marine iranienne a étendu sa portée en lançant des navires dans l’océan Indien et dans le golfe d’Aden pour protéger les navires iraniens des pirates somaliens.
Au sommaire :
  • Turquie: succès des essais de la nouvelle bombe MK-84
  • L'Iran enverra des navires de guerre dans l'Atlantique en mars 2019
  • Syrie: les kurdes syriens cherchent le soutien du régime de Damas
  • Yémen: élimination présumée de l’artificier de l’attentat de l’USS Cole
  • Yémen: révélations sur la présence de milices soudanaises payées par l’Arabie saoudite
  • Égypte: bilan de l’opération Sinaï 2018, un recul significatif de Daech 

RUSSIE

Crimée: la Russie achève la construction d'une barrière entre la péninsule et l'Ukraine
Le 28 décembre, le service des douanes du FSB (service fédéral de sécurité russe) chargé de la Crimée et de Sébastopol, a annoncé l'achèvement de la construction d’une barrière de 60 km de long en Crimée. La structure, dont la construction aurait été lancée dès 2015, est composée de divers types de barricades, de caméras de vidéosurveillance et de capteurs variés. Selon le rapport du service en question, la construction de la barrière serait justifiée par la nécessité de lutter contre divers types de trafics transfrontaliers entre la Russie et l’Ukraine et contre les tentatives de “groupes de saboteurs” ukrainien d’infiltrer le territoire criméen.
De semblables systèmes de démarcation sont déjà employés par la Russie au nord et à l’est de son territoire, ainsi que sur d’autres portions “hautement volatiles” des frontières russes. La durée de vie de la barrière est estimée à 10 ans.
  • Mer d’Azov: Emmanuel Macron et Angela Merkel demandent la libération des marins ukrainiens
  • Crimée : La Russie achève la construction d’une barrière entre la péninsule et l’Ukraine
  • Russie-armement: Tir du missile hypersonique « Avangard » au sud de la Russie, une nouvelle donne stratégique.
  • Entretien téléphonique entre Emmanuel Macron et Vladimir Poutine
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Le S-400 Triumph : outil de suprématie militaire et diplomatique au service des intérêts russes

Par Naël Madi

 

 

Syrie : le président Trump pourrait ralentir le rythme du retrait américain

Par Xavier Marié

 

 

DARPA : des robots pour l'infanterie ?

Par Simon Roche

 

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