Newsletter géopolitique n°5

Nemrod – Enjeux Contemporains de Défense et de Sécurité est un cercle de réflexion créé en 2018 et domicilié à l'Université Paris-Sorbonne, qui rassemble des étudiants-chercheurs linguistes, historiens, ingénieurs, philosophes ou juristes, spécialisés sur les questions de défense et de sécurité internationale.

Quarante-quatrième édition

21 janvier 2019

Editorial: la France annonce sa doctrine de lutte informatique offensive

 

Après la création du COMCYBER en mai 2017, et la publication en février 2018 de la revue stratégique de cyber-défense, la France a publié cette semaine sa doctrine de Lutte Informatique Offensive (LIO).
 
Cette publication achève de déconstruire l'image lénifiante selon laquelle les cyber-attaques seraient toujours dirigées contre les démocraties libérales, sans jamais émaner d'elles. De fait, les armes cyber et les ripostes qui leur correspondent sont employées par tous les camps: Michael S Rogers, commandant du US Cyber Command, reconnaissait par exemple le 27 février 2018 devant la commission sénatoriale des forces armées que les Etats-Unis avaient utilisé l'arme cyber face à l'Etat islamique. L'ancien ministre britannique Malcolm Rifkind nous confiait au reste que  l'échec patenté de certains tirs de missiles nord-coréens avaient sans doute été provoqués par l'intrusion de hackers américains dans les programmes de Pyongyang…
 
L'espace cybernétique est donc plus que jamais un nouveau champ de bataille, avec ses enjeux juridiques, ses débats doctrinaux, et ses objectifs tactiques.
 
L'espace cyber est d'abord traversé par des enjeux juridiques. Le manuel de Talinn, ouvrage rédigé en 2013 par des experts de l'OTAN, transposait les normes du droit international à ce cadre nouveau. Il définissait les armes cyber comme des "moyens informatiques, utilisés ou conçus pour blesser, tuer des personnes, endommager ou détruire des infrastructures."
 
Si une cyberopération tombait sous une telle définition, elle pourrait, selon les règles du droit, se trouver qualifiée d'"emploi de la force". Il serait toutefois aisé, dans un cadre de "guerre informationnelle", de concevoir une action qui, pour inamicale qu'elle soit, demeurerait en-deçà de la qualification d'attaque. C'est ainsi qu'aux rigidités du droit devait être adjointe la souplesse des doctrines. Aussi, alors que les Britanniques avaient diffusé dès 2016 un plan quinquennal de doctrine cyber, les Etats-Unis publièrent-ils la leur en septembre 2018.
 
Si la doctrine offensive française s'inscrit dans le sillage de ces publications, elle s'en démarque assez nettement sur plusieurs points. D'abord, les Français ont choisi de séparer leur doctrine défensive et leur doctrine offensive, ce que n'ont fait ni les Britanniques, ni les Américains. Pour les Français, la protection des infrastructures sensibles d'une part, et le choix de mener des opérations d'autre part ne relèvent donc pas du même cadre; ceci implique que la France, si elle faisait face à une attaque cyber, ne ferait pas d'une offensive informatique le moyen privilégié de sa réplique.
 
Cette particularité française entraîne avec elle une autre conception de la dissuasion: dans la mesure où l'attaque et la défense sont entremêlées dans les doctrines anglo-saxonnes, les armes cyber servent à dissuader des attaques. Les Britanniques écrivent par exemple, dans leur exposé de doctrine, qu'ils feront "appel à l’intégralité de leur arsenal de capacités pour dissuader leurs ennemis et les priver d’opportunités d'attaquer." La notion de dissuasion est-elle pour autant absente des doctrines françaises de lutte informatique?
 
Du moins se pare-t-elle d'atours différents: si la France ne paraît pas faire de la dissuasion cyber un nouveau cheval de bataille, il lui arrive de révéler devant l'opinion les menées informatiques de ses ennemis. Cette stratégie peut alors faire sourdre la menace de représailles, conventionnelles ou cybernétiques. Elle avait notamment été employée lorsque la ministre des Armées Florence Parly avait attribué au groupe de hackers russes Turla l'attaque contre 19 messageries du ministère de la défense à la fin de l'année 2017.
 
Sans doute faut-il toutefois regretter que la dissuasion cyber n'occupe pas une plus large part dans les doctrines françaises: ce concept pourrait fournir un dispositif adapté face aux menaces hybrides; en effet, ces actions sans uniforme et sans visage, souvent le fruit de groupes privés, ne sauraient être efficacement contrées par des moyens conventionnels – à moins de courir immanquablement à la guerre. La cristallisation des alliances, et le renouveau d'une course à l'armement entre les grandes puissances, pourraient être enrayées par le développement de capacités cyber dissuasives.
 
Quels sont enfin les possibles objectifs tactiques d'une opération de lutte informatique offensive?
 
La doctrine française identifie un objectif de renseignement ("évaluation des capacités militaires adverses: recueil ou extraction d'informations"), un objectif de neutralisation de capacités adverses, et un objectif de désorganisation des forces ennemies ("modification des perceptions ou de la capacité d'analyse de l'adversaire"). Il est intéressant que ces opérations offensives intègrent en leur sein des missions de renseignement, qui en principe, ne causent pas plus de dommages qu'elles ne détruisent de cible. La doctrine américaine différencie au contraire les missions d'espionnage et les missions proprement offensives, qui visent, à travers un usage de la force dans le cyberespace, à dégrader ou à détruire des cibles. La doctrine française s'écarte donc de la définition de l'offensive telle qu'elle est livrée par le manuel de Talinn; elle ouvre la voie à l'intégration de capacités de renseignements dans des opérations qui mobilisent des moyens conventionnels.
 
L'emploi des offensives cyber a pu être considérée comme une alternative aux guerres, à tel point que la notion de "devoir de hacker" a été introduite dans le débat doctrinal [1]; selon cette conception, les actions cybernétiques, en évitant les souffrances, et en réduisant à peau de chagrin les affrontements violents,  porteraient dans leur sillage le rêve d'une guerre sans morts. Toutefois, lorsqu'elles immobilisent un objectif, lorsqu'elles détruisent une infrastructure, les luttes informatiques introduisent des médiations dans les souffrances bien plus qu'elles ne les annihilent; aussi la doctrine française ne cède-t-elle pas à la définition d'un usage systématique de l'offensive cyber; celle-ci demeure une arme parmi les armes, qui complète les moyens conventionnels plus qu'elle ne les remplace.

Nous vous souhaitons une très bonne lecture. 

 
François Gaüzère-Mazauric

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[1] Duncan B Hollis, Re-thinking the boundaries of law in cyberspace: a duty to hack? Temple University Legal Studies research paper no. 2014-16, in J Ohlin et al. (eds), Cyberwar: law and ethics for virtual conflicts, Oxford University Press, 2014

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Veille Stratégique - Défense et Sécurité - Semaine du 14 au 20 Janvier 2019

AFRIQUE

Nigéria: l'organisation Etat Islamique plonge l'Ouest du pays dans la terreur

Les raids menés cette semaine par les éléments de l’organisation État islamique d'Afrique de l'Ouest (ISWA) ont forcé des milliers de civils à fuir leur domicile temporaire dans le nord-est du Nigéria cette semaine.

Le 13 janvier, les djihadistes de l’ISWA ont attaqué une base militaire située près de la ville de Magumeri, dans l’État de Borno. Dans la nuit du 13 au 14, les assaillants frappaient la localité de Rann, village de fortune situé près de la frontière entre le Nigeria et le Cameroun, contrôlé par l’armée, et destiné à accueillir les personnes déplacées. Tandis qu’une source militaire nigériane confirmait à Reuters que les terroristes avaient pris le contrôle du village après une nuit d’affrontements. Tandis que certains soldats se sont empressés de fuir, entraînant la population dans leur sillage, l’armée nigériane annonçait mardi matin avoir repris le contrôle de la localité après le lancement d’une contre-offensive.
 
Une majeure partie de la population en fuite a trouvé refuge à Bodo, au Cameroun voisin. D’après Hugues Robert, responsable de Médecins sans frontières au Nigéria, l’équipe de Bodo avait déjà accueilli 8000 personnes mardi soir et en attendait encore quelques milliers d’autres.  Au climat de terreur qui règne dans la région s’ajoute celui de la confusion : de nombreux commentateurs font référence aux combattants de l’ISWA en tant que membres de Boko Haram. Si les deux organisations ont des racines communes, elles sont pourtant distinctes l’une de l’autre. 

Le dirigeant de Boko Haram, Abu Bakr Shekau, avait juré allégeance à Abu Bakr al-Baghdadi, allégeance acceptée par le porte-parole de l'État islamique. Pendant un certain temps, Shekau fut le principal représentant de Baghdadi en Afrique de l’Ouest. Après une querelle politique en 2016, l'État islamique a nommé Abou Moussab al Barnaoui gouverneur, de sa « province » d'Afrique de l'Ouest.

Au début de l’année 2018, les Etats-Unis désignaient l’ISWA comme une organisation terroriste, tout en précisant que les deux factions s’étaient séparées. Barnawi, fils du fondateur de Boko Haram Mohammed Yusuf, et ancien porte-parole du groupe est désormais à la tête de l’ISWA depuis l’été 2016. 

Au sommaire:

  • Tunisie : la célébration du 8ème anniversaire de la révolution entachée par une plainte d’abus de pouvoir contre le président Béji Caïd Essebsi
  • Côté d’Ivoire : Laurent Gbagbo toujours en attente du verdict final de la Cour Pénale Internationale
  • En pleine crise sécuritaire, le gouvernement burkinabé démissionne
  • Nigeria : l’organisation État islamique plonge l’Ouest de pays dans la terreur

AMÉRIQUE

Le Pentagone au coeur des tensions autour du mur à la frontière mexicaine

La mission de sécurité assurée par les soldats américains le long de la frontière mexicaine devrait être prolongée jusqu’au 30 septembre pour les forces de l’armée américaine déjà déployées. Ceci devrait concerner environ  6000 hommes, dont 2000 appartenant à la National Guard et intervenant régulièrement auprès du Customs and Border Protection. Cette demande, transmise par la Homeland Security Agency au Departement of Defense a été publiquement acceptée par le secrétaire à la Défense par intérim, Patrick Shanahan. Pour cela, les forces devraient converger vers le sud-ouest, où elles mèneront des missions de renforcement des points d’entrée ainsi que des patrouilles de détection. Le Pentagone devrait également fournir un appui aérien à la surveillance.

Cette annonce prend place dans le contexte du shutdown  qui frappe l’administration fédérale du fait des tensions politiques autour de la construction du mur à la frontière avec le Mexique et qui touche aussi directement l’US Army. En effet, Donald Trump, face au blocage du Congrès sur la question, a annoncé que la construction pourrait être prise en charge directement par l’Army s’il décrétait l'état d’urgence national. Questionné à ce sujet, le secrétaire de l’US Army, Mark Esper, a affirmé que ce n’était pas le rôle des ingénieurs militaires, qui ne pourraient avoir dans l’affaire que la responsabilité de contracter avec un constructeur privé. De fait, l’US Corps of Engineers, qui contient des civils, a pour finalité l’aménagement des projets militaires ou, dans le cas civil, des infrastructures spécifiques telles que les ports ou les barrages. Cependant, la controverse pourrait être plus importante, le Président songeant à ponctionner dans le budget inutilisé de ce corps pour financer le mur, si jamais le Congrès s’y opposait. Selon le Washington Post, la Maison Blanche aurait demandé au Pentagone d’étudier les projets civils qui pourraient être sacrifiés au bénéfice du mur.

Au sommaire - Etats-Unis / Canada :

  • Test en vue pour les prototypes de Mobile Protected Firepower (MPF)
  • Le Pentagone au cœur des tensions autour du mur à la frontière mexicaine
  • Publication de la Missile Defense Review
  • Donald Trump aurait (à nouveau) envisagé un retrait américain de l’Otan
  • Syrie : point de situation
  • Syrie : Donald Trump propose une zone tampon pour protéger les Kurdes
  • Les Talibans menacent de mettre fin aux discussions bilatérales avec les Américains
  • La Defense Intelligence Agency met en garde contre la montée en puissance militaire de la Chine
  • Mer de Chine méridionale - Exercice conjoint avec le Japon
  • Guam - Exercice de lutte anti-sous-marine avec l’Australie
  • Vers une redéfinition des missions des Navy SEALS ?L’US Navy entend créer une flotte de drones navals
  • Soutien financier direct du Pentagone aux entreprises américaines fabriquant des bombes 

Au sommaire - Amérique Latine :

  • Argentine : fonds supplémentaires pour les opérations extérieures
  • Bolivie : Romulo Luis Delgado Rivas à la tête de la Police nationale
  • Mexique : le Congrès approuve le projet de Garde Nationale
  • Panama : la coopération avec le Southcom saluée par Washington
  • El Salvador : nominations et promotions à l’ordre du jour
  • Brésil : avec l’élection de Bolsonaro, le Cône Sud est à “droite”

ASIE - PACIFIQUE

Japon-Russie : La Russie a rappelé au Japon ses conditions pour un rapprochement nippo-russe

Le ministre des Affaires étrangères russe Sergueï Lavrov a annoncé lundi dernier que toute discussion sur le rapprochement nippo-russe devrait être précédée de la reconnaissance par Tokyo de l’appartenance à la Russie des quatre îles Kouriles saisies par l’URSS dans les derniers jours de la Seconde guerre mondiale et revendiquées par le Japon depuis. Cette déclaration a été faite à l’issue d’une rencontre avec son homologue japonais Taro Kono, prévue afin de préparer le terrain pour la visite officielle de Shinzo Abe attendu à Moscou dès le 22 janvier. Quelques jours plus tard, Sergueï Lavrov s’est défendu d’imposer un ultimatum à Tokyo et a précisé que « ce ne sont pas des conditions préalables, simplement un effort pour comprendre pourquoi le Japon est le seul pays au monde qui ne peut pas dire : ‘‘J’accepte les résultats de la Seconde guerre mondiale dans leur totalité’’ ». Malgré l’optimisme qu’a pu afficher le Premier ministre japonais ces derniers mois, les perspectives d’une avancée notable vers plus de coopération entre les deux pays et d’un éventuel traité de paix semblent donc minces.

Au sommaire :

  • Chine - Etats-Unis : en Chine, le rapport du Pentagone sur la stratégie de l'Armée populaire de libération (APL) vivement critiqué

EUROPE

Suède : bilan de la conférence nationale annuelle de défense

Du 13 au 15 janvier 2019 s'est tenue à Sälen, en Suède, la conférence nationale de défense « Folk och Försvar » (société et défense). Cette réunion annuelle est traditionnellement l'occasion pour la Suède et ses voisins de faire un point sur l'environnement sécuritaire de la région et d'exposer les grandes orientations stratégiques du pays pour les années à venir.
 
Un point a tout d'abord été fait sur l’évolution de la loi de programmation militaire 2016-2020, votée en 2015. Le chef d'état-major des Armées suédoises a ainsi confirmé que l'objectif d'atteindre deux brigades opérationnelles pour l'Armée de terre à l'horizon 2020 ne sera pas respecté. Les perspectives de la prochaine loi de programmation militaire 2021-2025 ont également été évoquées, dont les principales pistes sont : le passage de deux à trois brigades pour l'Armée de terre (soit environ
4 000 soldats supplémentaires), la constitution de deux nouvelles escadres passant de six à huit le nombre d’escadres totales de l'Armée de l'air et le renouvellement de six à huit vaisseaux de surface de la Marine suédoise, dont beaucoup de bâtiments seront retirés du service en 2025. Ces objectifs des armées suédoises demeurent cependant soumis à précaution tant qu'aucune décision parlementaire ne sera venue en confirmer la programmation.
 
Par ailleurs, cette conférence a été l'occasion pour l'ambassadeur des États-Unis en Suède de rappeler la proximité de l'allié américain avec le royaume nordique et de consolider la coopération entre les deux pays, en dépit des déclarations isolationnistes du président Trump. Le ministre de la Défense suédois, Peter Hultqvist, a, symétriquement, dénoncé le comportement provocant de la Russie, dont il évoqué les manœuvres déstabilisatrices. Le chef des services de sécurité intérieure (Säkerhetspolisen) a lui aussi souligné que les activités russes constituaient la principale menace dans l'environnement sécuritaire suédois, bien que les services chinois et iraniens avaient également tendance à être de plus en plus actifs.

Au sommaire :

  • France – Commande de 28 Rafale pour 2 milliards d’euros
  • France/Etats-Unis: la DARPA confie à Airbus le contrat de développement d'une plateforme pour les petits satellites du programme Blackjack
  • France/Mali – Des frappes aériennes éliminent une vingtaine de djihadistes
  • Union européenne – Lancement du projet AI4EU sur l’intelligence artificielle

PROCHE ET MOYEN-ORIENT

Iran-Israël : escalade militaire en Syrie et guerre des mots
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a reconnu pour la première fois le 13 janvier qu'Israël a mené des frappes contre les forces iraniennes et celles soutenues par l'Iran à l'intérieur de la Syrie. « Nous avons travaillé avec un succès impressionnant pour bloquer l'assise militaire de l'Iran en Syrie », a déclaré M. Netanyahu lors d'une réunion du cabinet. Il a ajouté qu'Israël avait procédé à « des centaines de frappes », affirmant qu'il venait de cibler des entrepôts présumés iraniens et des cibles iraniennes à l'aéroport international de Damas. Il a aussi réaffirmé qu'Israël continuerait ces frappes aussi longtemps qu'il resterait une présence iranienne en Syrie.La réponse de l'Iran à ces attaques a été la plupart du temps le silence. À l'exception de la frappe qui avait tué en 2015 Mohammad Ali Allahdadi, commandant du Corps des gardiens de la révolution islamique, aux côtés de Jihad Mughniyeh, ancien commandant militaire du Hezbollah, l'Iran ne divulgue pas beaucoup d'informations ou ne réagit pas de manière visible aux attaques présumées israéliennes. Cependant, les récents commentaires de Netanyahou ont changé la donne. Mohammad Ali Jafari, chef du Corps des gardiens de la révolution islamique, a répondu à la déclaration de Netanyahou déclarant le 16 janvier que tous les conseillers militaires et révolutionnaires, ainsi que l'équipement et les armes envoyés pour soutenir les groupes syriens seront protégés.

 

  • Syrie: la situation se complique à Manbij
  • Liban: le retrait syrien inquiète, l’allié américain rassure
  • Égypte: Mike Pompeo au Caire - le « nouveau départ » de la politique états-unienne au Moyen-Orient?
  • Turquie-Etats-Unis: à la recherche d'une solution à la frontière syrienne

RUSSIE

Russie-FNI : Accentuation des pressions à l'égard de Moscou sur la question du traité FNI

Dans le cadre des enjeux autour du Traité sur les Forces Nucléaires de Portée Intermédiaire, la Sous-Secrétaire d'Etat américaine en charge du contrôle des armements et des affaires de sécurité internationale, Andrea Thompson, ainsi que l'Allemagne ont sommé la Russie de détruire l'arsenal de missile 9M729 Novator.

Moscou continue de se défendre face aux accusations de l'OTAN et de l'Union européenne, estimant que le Novator a une portée de 500 km, et qu'il se situe donc au seuil du champ d'application du Traité. Dans les faits, elle doit fournir à Washington, qui menace de se retirer de ses engagements, des éléments de preuves permettant un contrôle de conformité du matériel aux termes du traité.

Ainsi le 15 Janvier s'est tenue à Genève une conférence sur le désarmement, réunissant diplomates russes et américains. Cette rencontre devait permettre de maintenir le dialogue entre les deux Etats et être porteuse de solutions afin de pérenniser l'avenir du traité. Les Russes espéraient y entrevoir la volonté américaine de se maintenir au sein du Traité, dans un souci de réalisme politique et de maintien de l'architecture de sécurité. Quant aux Américains, ils espéraient obtenir des éléments de clarifications russes venant infirmer que le missile ne viole pas les termes de ce dernier, ou en confirmer la violation. En effet, au regard du développement par la Chine de missiles stratégiques, en marge de tout traité, le retrait américain trouve une part de sa justification dans la menace que fait peser la Chine sur l'architecture de sécurité internationale, et sur ses craintes d'observer Pékin prendre l'ascendant technologique sur du court et moyen terme. Ainsi, la raison de l'ultimatum lancé à Moscou, celui du maintien américain dans le traité à la condition de la clarification de la position russe s'en trouve quelque peu remis en question.

Sergueï Riabkov a déclaré que la Russie mettrait en place une série de mesures autour du missile Novator, afin d’entériner les suspicions transatlantiques sur la violation du traité FNI, réaffirmant la volonté russe d'assurer la survie de ce traité phare sur la maîtrise des armements. Cette déclaration d'intention a été jugée insuffisante par Andrea Thompson, estimant que Moscou continue de violer de façon claire ses engagements et qu'elle « doit détruire son arsenal de missile non conforme ». L'Allemagne, quant à elle s'est montrée tout aussi ferme sur la destruction de ses missiles, estimant intolérable leur déploiement sur le sol européen. Soucieuse de l'avenir du traité FNI pour la sécurité européenne, elle considère que la balle est dans le camps des russes, érigés en garants de la viabilité du traité, ou en responsable de sa potentielle désuétude.

Au sommaire :

  • Destruction programmée du satellite Kosmos 2340
  • Mer d’Azov : la Russie accepte une supervision de la France et de l’Allemagne
  • La Russie déploie des drones sur sa base au Tadjikistan
Retrouvez tous les articles de Nemrod sur leur site.

 

Défense européenne ou défense de l'Europe : entretien avec Laurent de Jerphanion - seconde partie

Laurent de Jerphanion est actuellement chargé du développement de lignes de produits Naval et Energie chez Thalès.

 

Kenya : la capitale cible d'un attentat des shebabs somaliens

Par Edouard Josse

 

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