Pourquoi la question du second porte-avions est-elle toujours repoussée à la prochaine mandature?

Depuis le retrait du service du porte-avions Foch, en 2000, la Marine Nationale ne dispose plus que d’un seul navire de ce type. De fait, elle est dans l’incapacité d’assurer une permanence d’alerte d’un bâtiment pourtant intégré à la doctrine de dissuasion du pays. Cette absence a été particulièrement remarquée lors des arrêts techniques du Charles de Gaulle en 2008 et de 2017 à 2018, durant lesquels le bâtiment était totalement indisponible, et la France incapable de déployer un porte-avions.

La question de la construction d’un second porte-avions s’est posée alors même que le Charles de Gaulle, premier porte-avions nucléaire français, était lui même en construction. Mais à cette époque, le coût avait été jugé trop important, et cette construction avait été reportée à la mandature prochaine. Depuis, cette question réapparait cycliquement lors des élections présidentielles, et est systématiquement reportée à la mandature suivante par le gouvernement du président élu, sur la base des mêmes arguments de coût.

Pourtant, un porte-avions ne représente pas, à priori, un coût si élevé qu’il soit hors de portée des investissements de l’Etat. Naval Group estime aujourd’hui que le prochain porte-avions français, sur la base des informations généralement admises (propulsion nucléaire, 60.000 tonnes) coûterait entre 4 et 5 Md€, à peine 40% du prix d'un porte-avions américain, deux fois plus gros il est vrai.

Cependant, un second porte-avions nécessite d’autres investissements. Contrairement à ce qui a été souvent avancé par les opposants au projet, il ne serait pas nécessaire d’augmenter le nombre de bâtiments de surface, ou de sous-marins, vis-à-vis du format prévu actuellement. En revanche, il serait requis de former un second équipage de 1500 hommes, ainsi que d’augmenter le parc aérien de l’aéronautique navale, d’au moins une flottille de Rafale (20 appareils) et une flottille d’avions de veille aérienne Hawkeye E2-D, soit un surcoût de 2,5 Md€ du seul point de vue des acquisitions.

Or, le budget dédié à l’acquisition des équipements de défense est déjà largement sous pression, et ce pour les trois armées. Il ne serait pas question pour la Marine Nationale de renoncer à quatre de ses sous-marins nucléaires d’attaque, comme l’Armée de l’Air à ses dix-huit A330 MRTT. Quant à l’Armée de Terre, ce budget représente l’équivalent des équipements blindés de trois de ses six brigades.

A contrario, les Armées de Terre et de l’Air comprendraient mal pourquoi la Marine Nationale bénéficierait des budgets supplémentaires pour construire son porte-avions supplémentaire, alors que pour le même investissement, elles pourraient remplacer l’intégralité des hélicoptères de l’ALAT* ayant atteint la limite d’âge et pourtant utilisés quotidiennement en opération extérieure, ou les 45 Rafales et 15 A400M qui manquent à l’Armée de l’Air pour rééquilibrer son parc vis-à-vis de la pression opérationnelle actuelle.

La Loi de Programmation Militaire 2019-2025 prévoit que le budget d’équipement passera de 7 Md€ en 2018 à 11,5 Md€ en 2025. Mais cette croissance ne permettra que de combler le décrochage des investissements enregistré ces 25 dernières années, ayant entrainé les conséquences que l’on sait sur la disponibilité et l’obsolescence des équipements. Mais ce budget, s’il est effectivement atteint, ne permettra pas de passer au-delà du format actuel des armées, et donc ne permettra probablement pas de financer un second porte-avions « en dotation standard », pas plus que l’Armée de l’Air ne bénéficiera des 275 chasseurs dont elle aurait besoin, ou l’Armée de Terre des 500 chars, 100 systèmes d’artillerie, et 150 hélicoptères qui lui manquent.

Pour être en mesure de répondre à ces besoins avérés, il serait sans doute nécessaire de concevoir différemment le modèle de financement et de planification de l’investissement de défense.

 

*ALAT: Aviation Légère de l'Armée de Terre

 

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http://www.opex360.com/2018/09/10/question-de-doter-marine-nationale-dun-de-deux-porte-avions-reste-ouverte-selon-mme-parly/

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