Quand la Russie bande ses muscles

Comme nous l’avions vu la semaine dernière, l’exercice de rentrée des forces armées russes promettait d’être massif, puisque Sergueï Choïgou l’avait présenté comme « le plus important exercice depuis 1981 ». Et, en effet, Vostok-2018 (Vostok signifiant Est, Zapad ouest nrlr) impressionne par ses chiffres : 300.000 hommes, 1000 aéronefs, 900 chars … En un simple exercice, la Russie mobilise deux fois plus de personnel et de matériels que  pourrait mobiliser en 60 jours l’Europe dans son intégralité. Il faut également le comparer avec les 13.000 hommes, 250 chars et 70 aéronefs de l’exercice Zapad 2017 (chiffres officiels russes, les Occidentaux estimant plutôt 100.000 hommes mobilisés) qui fit couler beaucoup d’encre en Europe.

Cette exercice aura pour but de faire monter la pression concernant le potentiel militaire effectif russe, et donc le poids de la Russie sur la scène internationale. Parallèlement, il enverra un message aux puissances asiatiques qui, aujourd’hui, ont tendance à ne considérer que la Chine et les Etats-Unis comme acteurs de ce théâtre.

Car, si ces chiffres se confirment dans les faits, cela repositionnera la Russie comme puissance militaire mondiale, et non régionale comme beaucoup d’analystes se plaisent à la qualifier, car aucun pays, Etats-Unis et Chine compris, n’ont mené des exercices de cette ampleur ces 15 dernières années.

Parallèlement, un nombre important de bâtiments de guerre russes ont mis le cap vers la Méditerranée orientale, en provenance de la mer Noire mais également de la flotte de la Baltique. Au total, ce sont deux destroyers, quatre frégates et 3 corvettes, accompagnés de 2 sous-marins diesels (connus) et d’un tanker, quoi croisent au large de la Syrie, avec une puissance de feu de plus de 50 missiles Kalibr. Deux hypothèses sont données concernant ce déploiement de force :

  • Une prochaine frappe sur les poches de résistance de l’Armée Syrienne Libre dans la région d’Idlib.
  • L’interdiction de la zone pour empêcher de nouvelles frappes occidentales, dans le cas d’une nouvelle utilisation d’armes chimiques (réelle ou orchestrée)

Toutefois, on ne peut pas non plus exclure l’anticipation de regain de tensions en Turquie, amenant cette dernière à fermer les détroits accédant à la Mer Noire. Ainsi positionnée, la flotte entière pourrait rapidement rejoindre Sevastopol avant un verrouillage turc, et disposer ainsi d’une force importante en Mer Noire, et d’une certaine liberté d’action.

On comprend, dans ces conditions, que l’Ukraine maintienne ses investissements de défense au delà de 5% du PIB pour l’année prochaine …

 

Lire l’article en anglais (4 min)

https://www.nytimes.com/2018/08/28/world/europe/russia-military-drills.html

A lire également en anglais (5 min)

http://www.navyrecognition.com/index.php/news/defence-news/2018/august-2018-navy-naval-defense-news/6465-russia-reinforced-its-naval-task-group-in-mediterranean.html

A lire également en anglais (4 min)

https://nationalinterest.org/blog/skeptics/time-president-donald-trump-bury-us-turkey-alliance-29907

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